ACTE T, SCÈNE III
ULRIC
Non, mon amour, mais vous êtes belle. Que feras4u si je m'en vais? tous les seigneurs des environs ne vontils pas rôder par les chemins? et moi, qui m'en irai si loin courir après une ombre, ne perdrai-je pas le sommeil? Ah I Barberine, loin des yeux, loin du cœur.
BARBERINE
Écoute; Dieu m'est témoin que je me contenterais toute ma vie de ce vieux château et du peu de terres que nous avons, s'il te plaisait d'y vivre avec moi. Je me lève, je vais à l'office, à la basse-cour, je prépare ton repas, je t'accompagne à l'église, je te lis une page, je couds une aiguillée, et je m'endors contente sur ton cœur,
ULRIC
Ange que tu es !
BARBERINE
Je suis un auge, mais un ange femme ; c'est-à-dire que si j'avais une paire de chevaux, nous irions avec à la messe. Je ne serais pas fâchée non plus que mon bonnet fût doré, que ma jupe fût moins courte, et que cela Kl enrager les voisins. Je t'assure que rien ne nous rend légères, nous autres, comme une douzaine d'aunes de velours qui nous traînent derrière les pieds.
ULRIC
Eh bien donc?
BARBERINE
Eh bien donci le roi Mathias ne peut manquer de te bien recevoir, ni toi de faire fortune à sa cour. Je te conseille d'y aller. Si je ne peux pas t'y suivre, — eh.
306 BARfiEKINB.
bien ! comme je t'ai tendu tout à l'heure une main pour te demander le secret de ton cœur, ainsi, UbiCjjeteU tends encore, et je te jure que je te serai fidèle.
ULRIG.
Voici la mienne.
BARBERINE
Celui qui sait aimer peut seul savoir combien on l'aime. Fais seller ton cheval. Pars seul, et toutes les fois que tu douteras de ta femihe, pense que ta femme est assise à ta porte, qu'elle regarde la route» et qu'elle ne doute pas de toi. Viens, mon ami, Ludwig nous attend.