ACTE 1, SCÈNE IV
le Voïvode de Transylvanie, je rencontrai un soir, dans une forêt profonde, une jeune fiUe égarée.
ROSEMBERG
Quel était le nom de la forêt?
LE CHEYALIER.
C'était une certaine forêt sur les bords de la mer Caspienne.
ROSKVBERG.
Je ne la connais pas, même par les livres.
LE CHEVALIER
Cette pauvre fille était attaquée par trois brigands couverts de fer depuis les pieds jusqu'à la tête, et montés sur des chevaux excellents.
ROSEMBERG
A quel point vos paroles m'intéressent : je suis tout oreilles.
LE CHEVAUER.
Je mis pied à terre, et, tirant mon épée, je leur ordonnai de s'éloigner. Permettez-moi de ne pas faire mon éloge; vous comprenez que je fus forcé de les tuer tous les trois. Après un combat des plus san^ glants...
Reçûtes-vous quelques blessures?
LE CHEVALIER
L'un d'eux seulement faillit me percer de sa lance; mais, l'ayant évitée, je lui déchargeai sur la tête un coup d'épée si violent, qu'il tomba roide mort. M'approchant aussitôt de la jeune fille, je reconnus en elle ime princesse qu'il m'est impossible de vous nommer.
308 BARBERINE
ROSEHBERG.
Je comprends vos raisons, et me garderai bien d'insister. La discrétion est un principe pour tout homme qui sait son monde.
LE CHEVALIER
De quelles faveurs elle mlionora, je ne vous la dirai pas davantage. Je la reconduisis chez elle, et elle m'accorda un repdez-vous pour le lendemain; mais le roi son père Tayaut promise en mariage au Pacha de Caramanie, il était fort difficile que nous pussions nous voir en secret. Indépendamment de soixante eunuques qui veillaient jour et nuit sur elle, on Tavait confiée, depuis son enfance, à un géantnomm< Molock.
ROSEMBERG
Garçon I apportez-moi un verre de tokay.
LE CHEVAUER.
Vous concevez quelle entreprise! Pénétrer dans un château inaccessible, construit sur un rocher battu par les flots, et entouré d'une pareille garde ! Voici, seigneur Rosemberg, ce que j'imaginai. Prêtez-moi, je vous prie, votre attention.
ROSEMBERG
Sainte Vierge I le feu me monte à la tétel
I^E CHEVALIER
Je pris une barque et gagnai le large. Là, m'étànt précipité dans les flots au moyen d'un certain talisman que m'avait donné un sorcier bohémien de mes amis, je fus rejeté sur le rivage, semblable en tout à un noyé. C'était à l'heure où le géant Molock faisait sa ronde an*