‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 196 sur 238 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

XE CHEVALIER

Oui : sans aucun doute. Enfin, agissez-en ni plus ni moins que si le soleil et les étoiles vous appartenaient en bien propre, et que la fée Morgane vous eût tenu sur les fonts baptismaux. De cette façon vous rediplirez la seconde maxime : Vouloir, c'est pouvoir ; et vous passerez pour redoutable.

ROSEMBERG

Que je vais m'amuser à la cour, et la belle chose qu6 d'être un grand seigneur I

LE CHEVALIER

Une fois agréé des femmes et admiré des hommes, seigneur Rosemberg, pensez à vous. Si vous levez le bras, que votre premier coup d'épée donne la mort, comme votre premier regard doit donner l'amour. La vie est une pantomime terrible, et le geste n'a rien à faire ni avec la pensée ni avec la parole. Si la parole vous a fait aimer, si la pensée vous a fait craindre, que le geste n'en sache rien. Soyez alors vous-même. Frappez comme la foudre ! Que le monde disparaisse à vos yeux ; que l'étincelle de vie, que vous avez reçue de Dieu, s'isole et devienne un Dieu elle-même ; que votre volonté soit comme l'œil du lynx, comme le museau de la fouine, comme la flèche du guerrier. Oubliez, quand vous agissez, qu'il y ait d'autres êtres sur la terre que vous et celui à qui vous avez affaire. Ainsi, après avoir coudoyé avec grâce la foule qui vous environne, lorsque vous serez arrivé au but et que vous aurez réussi, vous pourrez y rentrer avec la même aisance et vous promettre de nouveaux succès. C'est alors que vous

recueillerez les fruits de la troisième maxime : Oser, c'est avoir, — et que vous serez réellement expérimenté, redoutable et puissant.

ROSEMBERQ.

Ah ! seigneur Dieu ! si j'avais su cfela plus tôt I Vous ' me faites penser à un' certain soir que j'étais assis dans la garenne avec ma tante Béatrix, Je sentais justement ce que vous dites là; il me seipblait que le monde .disparaissait, et que. nous étions seuls sous le ciel. Aussi je l'ai priée de rentrer au château. Il faisait noir comme dans un four. '

LE CHEVALIER

Vous me paraissez bien jeune encore, et vous cherchez fortune de bonne heure.

ROSEMBERG

Iln'est jamais trop tôt quand on se destine à la guerre. Je n'ai vu un Turc de ma vie ; il me semble qu*ils doivent reissembler à des bêtes sauvages.

LE CHEVALIER

Je suis fâché que des affaires d'importance m'empêchent d'aller à la cour ; j'aurais été curieux d'y voir vos débuts. En attendant, si cela vous convient j*e puis vous faire un cadeau précieux, qui vous aidera singulièrement.

U tire un petit llyre 4e sa poche.

ROSEMBERG

Ce petit livre. . . qu'est-ce donc ?

LE CHEVALIER

C'est un ouvrage merveilleux, un recueil à la fois concis et détaillé de toutes les historiettes d'amour,

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