IV AVANT-PROPOS
1er le besoin naturel du travail, peut-être mêrilo t-li plus que jamais l'indulgence : il n'obéit alors ni àTambition ni à la misère, mais il obéit à son cœur; on pourrait croire qu'il obéit à Dieu. Qui peut savoir la raison pour laquelle un homme qui n'a ni faux orgueil ni besoin d'argent se décide à écrire? Voltaire a dit, je crois, « qu'un livre était une lettre adressée aux amis inconnus que l'on a sur la terre. » Quant à moi, qui ai eu de tout temps une grande admiration pour Byron, j'avoue qu'aucun panégyrique, aucune ode, aucun écrit sur ce génie extraordinaire, ne m'a autant touché qu'un certain mot que j'ai entendu dire à notre meilleur sculpteur *, un jour qu'on parlait de Child^ Harold et de Don Juan. On discutait sur l'orgueil démesuré du poëte, sur ses manies d'affectation, sur ses prétentions au remords, au désenchantement, on blâmait, on louait. Le sculpteur était assis dans un coin de la chambre, sur un coussin à terre, et tout en remuant dans ses doigts sa cire rouge sur son ardoise, il écoutait la conversation sans y prendre part. Quand on eut tout dit sur Byron, il tourna la tête et prononça tristement ces seuls mots : « Pauvre homme I » Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que cette simple parole de pitié et de sympathie pour le chantre de la douleur en disait à elle seule plus que toutes les phra« ses d'une encyclopédie.
♦ David 4'Angeri.