ACTE III, SCENE XI
LA REINE
Tu as peu et bien dit, c'est un talent rare. Maintenant, Messieurs, voici l'autre.
Elle Ht.
t< Mon très-cher et honoré mari,
<c Nous venons d'avoir au château la visite du jeune « baron de Rosemberg, qui s'est dit votre ami et ence voyé par vous. Bien qu'un secret de cette nature soit « ordinairement gardé par une femme avec justice, je « vous dirai toutefois qu'il m'a parlé d'amour. J'espère « qu'à ma prière et recommandation vous n'en tirerez « aucune vengeance, et que vous n'en concevrez aucune « haine contre lui. C'est un jeune homme de bonne face mille,et point méchant.ll ne lui manquait que desavoir « filer, et c'est ce que je vais lui apprendre. Si vous « avez occasion de voir son père à la cour, dites-lui « qu'il n'en soit point inquiet. Il est dans notre grand'- « salle, au premier étage, oîi il a une quenouille avec « un fuseau, et il file, ou il va filer. Yous trouverez « extraordinaire que j'aie choisi pour lui cette occupa- « tîon, mais, comme j'ai reconnu qu'avec de bonnes c( qualités il ne manquait que de réflexion, j'ai pensé « que c'était pour le mieux de lui apprendre ce métier « qui lui permettra de réfléchir à son aise, en môme « temps qu'il peut lui faire gagner sa vie. Yous savez « que votre grand'salle est close de verrous fort soli- (f des; je lui ai dit de m'y attendre, et je l'ai enfermé. « Il y a au mur un guichet fort commode, par lequel « on lui passera sa nourriture, ce qui fait que je ne
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« doute pas gull ne sorte dici avec beaucoup d'avance tage, et qu'en outre, si dans le cours de sa vie quelce que malheur venait & l'atteindre^ il ne se félicite « d'avoir entre les mains un gagne-pain assuré pour ce ses jours. , ce Je vous salue, vous aime et vous embrasse.
€( BARBEBINB. »
^ Si vous riez de cette lettre, seigneurs chevaliers, Dieu garde vos femmes de malencontre! H n'y a rien de si sérieux que l'honneur. Comte Ulric, jusqu'à demain nous voulons rester votre hôtesse, et nous entendons qu'on publie que nous avons fait le voyage exprès, suivie de toute notre cour, afin qu'on sache que le toit sous lequel habite une honnête femme est aussi saint lieu que l'église, et que les rois quittent leurs palais pour les maisons qui sont k Dieu*
FIN Qfi BARBERIMB.