ACTE I, SCÈNE I
la même. Es-tu de ceux qui souhaiteraient qu*elle changeât la couleur de sa robe, et que les bois se colorassent en bleu ou en rouge ? Ce n'ôst pas ainsi qu'elle l'entend ; à côté d'une fleur fanée naît une fleur toute semblable, et des milliers de familles se reconnaissent sous la rosée aux premiers rayons du soleil. Chaque matin, l'ange de la vie et de la mort apporte à la mère commune une nouvelle parure, mais toutes ses parures se ressemblent. Que les arts tâchent de faire comme elle, puisqu'ils ne sont rien qu'en l'imitant. Que chaque siècle voie d0 nouvelles mœurs, de nouveaux costumes, de nouvelles pensées ; mais que le génie soit invariable comme la beauté. Que de jeunes mains, pleines de force et de vie, reçoivent avec respect le flambeau sacré des mains tremblantes des vieillards ; qu'ils la protègent du souffle des vents, cette flamme divine qui traversera les siècles futurs, comme elle a • fait des siècles passés. Retiendras-tu cela, Césario ? Et maintenant, va travailler ; à l'ouvrage I à l'ouvrage ! la vie est si .courte !
Il le pousse dans Tatelicr. A lilonel.
Nous vieillissons, mon pauvre ami. La jeunesse ne veut plus guère de nous. Je ne sais si c'est que le siècle est un nouveau-né, ou un vieillard tombé en enfance.
LIONEL
Mort de Dieu I il ne faut pas que vos nouveaux venus m'échaufTent par trop les oreilles I Je finirai par garder mon épée pour travailler,
ANDRÉ
Te voilà bien avec tes coups de rapière, brave Lionel 1
On ne tue plus aujourd'hui que les moribonds ; le temps des épées est passé en Italie. Allons, allons, mon vieux, laisse dire les bavards, et tâchons d*ôtre de notre temps, jusqu'à ce qu'on nous enterre,
Damien entre.
Eh bieni mon cher Damien, Gordiani vient-il aujourd'hui ?
DAMIEN
Je ne crois pas qu'il vienne, il est malade.
ANDRÉ
Malade, lui ! Je l'ai vu hier soir, il ne l'était point. Sérieusement malade ? Allons chez lui, Damien. Que peut-il avoir?
DAMIEN
N'allez pas chez lui, il ne saurait vous recevoir. Il s'est enfermé pour la journée.
ANDRÉ
Oh 1 non pas pour moi. Allons, Damien.
DAMIEN
Sérieusement, il veut être seul.
ANDRÉ
Seul! et malad! tu m'effrayes. Lui est-il arrivé quelque chose ? une dispute ? un duel ? violent comme il est I Ah ! mon Dieu ! mais qu'est-ce donc ? il ne m'a rien fait dire ; il est blessé, n'est-ce pas ? Pardonnez-moi, mes amis ;...
Aux peintres qui sont restés et qui Fattendent.
mais vous le savez, c'est mon ami d'enfance, c'est mon meilleur, mon plus fidèle compagnon.