ACTE I, SCÈNE I
DAMIEN
Rassurez-vous ; il ne lui est rien arrivé. Une fièvre légère ; demain vous le verrez bien jortant.
Dieu le veuille ! Dieu le veuille ! Ah I que de prières j'ai adressées au ciel pour la conservation d'une vie aussi chère I Vous le dirai-je, ô mes amis ! dans ces temps de décadence où la mort de Michel-Ange nous a laissés, c'est en lui que j'ai mis mon espoir : c'est un cœur chaud, et un bon cœur. La Providence ne laisse pas s'égarer de telles facultés ! Que de fois, assis derrière lui, tandis qu'il parcourait du haut en bas son échelle, une palette à la main, j'ai senti se gonfler ma poitrine, j'ai étendu les bras, prêt à le serrer sur mon cœur, à baiser ce front si jeune et si ouvert, d'où le génie rayonnait de toutes parts I Quelle facilité I quel enthousiasme 1 mais quel sévère et cordial amour de la vérité ! Que de fois j'ai pensé avec délices qu'il était plus jeune que moi I Je regardais tristement mes pauvres ouvrages, et je m'adressais en moi-même aux siècles futurs : voilà tout ce que j'ai pu faire, leur disais-je, mais je vous lègue mon ami.
LIONEL
Maître, un homme est là qui vous appelle.
ANDRÉ
Qu'est-ce? qu'y a-t-il ?