ACTE II, SCÈNE
LE Valet.
Oui, Monsieur, sans témçins ; cet endroit est celui qu'il m'a désigné.
CORDL^I.
Dis-lui donc que je l'attends.
Le valet sort; Cordiani s'assied sur une piorro. DAMIEN, dans la coulisse.
Cordiani! où est Cordiani?
CORDL/LNI.
Eh bien I que me veux-tu ? .
DAMIEN
Je quitte André, il ne sait rien, ou du moins rien qui te regarde. Il connaît parfaitement, dit-il, le motif de la mort de Grémio, et n'en accuse personne, toi moins que tout autre. .
CORDIANI
Est-ce là ce que tu as à me dire ?
DAMIEN
Oui ; c'est à toi: de te régler là-dessus.
CORDLAlNI.
En ce cas, laisse-moi seul.
U ya se rasseoir. — Lionel et Césario passent. LIONEL.
Conçoit-on rien à cela ? Nous renvoyer, ne rien vouloir entendre, laisser sans vengeance un coup pareil I Ce pauvre vieillard qui le sert depuis son enfance, que J'ai vu le bercer sur ses genoux I Ah I mort Dieu! si c'était moi, il y aurait eu d'autre sang de versé que celui-là!
DAMIEN
Ce n'est pourtant pas un homme comme André qu'on peut accuser de lâcheté.
LIONEL
Lâcheté ou faiblesse, qu'importe le nom? Quand j'étais jeune, cela ne se passait pas ainsi. Il n'était, certes, pas bien difficile de trouver l'assassin ; et, si l'on ne veut pas se compromettre soi-même, par mon patron I on a des amis.
CÉSARIO
Quant à moi, je quitte la maison ; je suis venu ce matin à l'académie pour la dernière fois : y viendra qui voudra, je vais chez Pontormo.
LIONEL
Mauvais cœur que tu es ! pour tout l'or du monde, je ne voudrais pas changer de maître,
CÉSARIO
Bah! je ne suis pas le seul; l'atelier est d'une tristesse ; Julietta n'y veut plus poser. Et comme on rit chez Pontormo ! toute la journée on fait des armes, on boit, on danse. Adieu, Lionel, au revoir,
DAMIEN
Dans quel temps vivons-nous ! Ah ! Monsieur, notre pauvre ami est bien à plaindre. Soupez-vous avec nous ?
Ils sortent.
CORDIANI, seul.
N'est-ce pas André que j'aperçois là-bas entre ces arbres ? Il cherche ; le voilà qui approche. Holà, André I par ici !