‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 55 sur 238 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

retournerai pas ce soiri Si ces deux chambres-là doivent être vides cette nuit, la mienne le sera aussi. Il ne s'est pas défendu. Je n'ai pas senti son épée. Il a reçu le coup, cela est clair. Il va mourir chez Manfredi.

C'est singulier. Je me suis pourtant déjà battu. Lucrèce partie, seule, par cette horrible nuit I Est-ce que je n'entends pas marcher là dedans?

U Ta du côté des arbres.

Non, personne. Il va mourir. Lucrèce seule, avec une femme ! Eh bien ! quoi ? je suis trompé par cette femme. Je me bats avec son amant. Je le blesse. Me voilà vengé. Tout est dit. Qu'ai-je à faire à présent?

Ah! cette maison déserte I cela est affreux. Quand je pense à ce qu'elle était hier au soir I à ce que j'avais, à ce que j'ai perdu ! Qu'estrce donc pour moi que la vengeance? Quoi I voilà tout? Et rester seul ainsi? A qui cela rend-il la vie, de faire mourir un meurtrier ? Quoi I répofcdez? Qu'avais-je affaire de chasser ma femme, d'égorger cet homme? Il n'y a point d'offensé, il n'y a qu'un malheureux. Je me soucie bien de vos lois d'honneur 1 Cela me console bien que vous ayez inventé cela pour ceux qui se trouvent dans ma position ; que vous l'ayez réglé comme une cérémonie! Où sont mes vingt années de bonheur, ma femme, mon ami, le soleil de mes jours, le repos de mes nuits? Voilà ce qui me reste. Il regarde son épée.

Que me veux- tu, toi ? On t'appelle l'amie des offensés. Il n'y a point ici d'homme offensé. Que la rosée essuie ton sang I II la jotto.

84 ANDRÉ DEL SÂRTO.

Ahl cette affreuse maison ! Mon Dieu I mon Dieu 1 U pleure à chaudes larmes. — L^enterrement passe. ANDRÉ.

Qui enterrez-vous là?

LES PORTEURS

Nicolas Grémio.

ANDRÉ

Et toi aussi, mon pauvre vieux, et toi aussi tu m'abandonnes.

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