SCÈNE PREMIÈRE
RAZETTA
La générosité n*estplu8 de mode sur cette terre.
LÂURETTE.
Je le vois ; vous êtes au désespoir.
RAZETTA
Oui ; et Ton a a^ prudemment en ne m'invitant pas à votre noce.
• LAURETTE
Écoutez, Razetta ; vous savez que je vous ai beaucoup aimé. Si mon tuteur y avait consenti, je serais à vous depuis longtemps. Une fille ne dépend pas d'elle icibas. Voyez dans quelles mains est ma destinée; vousmême, ne poùvez-vous pas me perdre par le moindre éclat? Je me suis soumiss à mon sort. Je sais qu'il peut vous paraître brillant, heureux... Adieu! adieu! je ne puis en dire davantage... Tenez l Voici ma croix d'or que je vous prie de garder.
RAZETTA
Jette-la dans la mer ; j'irai la rejoindre.
LAURETTE
Mon Dieu ! revenez à vous !
RAZETTA
Pour qui, depuis tant de jours et tant de nuits, aî-je rôdé comme un assassin autour de ces murailles? Pour qui ai-je tout quitté ? Je ne parle pas de mes devoirs, je les méprise; je ne parle pas de mon pays, de ma famille, de mes amis; avec de l'or on en trouve partout. Mais l'héritage de mon père, où est-il? J'ai perdu mes épaulettes; il n'y a donc que vous au monde à qui je tienne. Non, non, celui qui a mis sa vie entière sur un
coup do dé ne doit pas si vite abandonner la chance.
LAURETTE
Mais que voulez-vous de moi ? .
RAZETTE.
Je veux que vous veniez avec moi à Gênes.
LAURETTE
Comment le pourrais-je ? Ignorez-vous que celle à qui vous parlez ne s'appartient plus ? Hélas I Razetta Je suis princesse d'Eysenach.
RAZETTA
Ah 1 rusée Vénitienne, ce mot n'a pu passer sur tes lèvres sans leur arracher un sourire.
LAURETTE
Il faut que je me retire... Adieu, adieu, mon ami.
RAZETTA
Tu me quittes? — Prends-y garde; je n'ai pas été jusqu'à présent de ceux que la colère rend faibles. J'irai te demander à ton second père l'épée à la main.
LAURETTE
Je l'avais prévu que cette nuit nous serait fatale. Ahl pourquoi ai-je consenti à vous voir encore une fois?
RAZETTA
Es-tu donc une Française? Le soleil du jour de ta naissance était-il donc si pâle que le sang soit glacé dans tes veines?... Ou ne m'aimes-tu pas? Quelques bénédictions d'un prêtre, quelques paroles d'un roi ontelles changé en un instant ce que deux mois de supplice,... ou mon rival peut-être...
LAURETTE
Je ne l'ai pas vu.