ACTE III, SCÈNE II
MONT JOIE
Vraiment? on m'avait dit tout le contraire.. Esl^co que ton maître n'est plus professeur à Técole?
JEAN
Le voilà lui-même, accompagné d*un de ses amis.
HONTJOIE.
Qui? cet homme qui détourne la rue? Le vieux ou le jeune?
JEAN
Le plus jeune des deux.
MONTJOIE
Quel visage pâle et abattu ! quelle trîstess profonde 8ur tous ses traits! et ses vêtements en désordre I Estce là le peintre André del Sarto?
André et Lionel entrent.
LIONEL
Seigneur, je vous salue. Qui êtes-vous?
HONTJOIE.
C'est à André del Sarto que nous avons affaire. Je suis le comte de Montjoie, envoyé du roi de France.
ANDRÉ
Du roi de France? J'ai volé votre maître, Monsieur. L'argent qu'il m'a confié est dissipé, et je n'ai pas acheté un seul tableau pour lui.
A un valu*,
Paolo est-il venu?
HONTJOIE.
Parlez-vous sérieusement?
LIONEL
Ne le croyez pas. Messieurs. Mon ami André est aa«
jourdTiuî,... pour certaines raisons,... une affaire malheureuse,... hors d'état de vous répondre et d'avoir r honneur de vous recevoir.
MONTJOIB.
S'il en est ainsi, nous reviendrons un autre jour.
ANDRÉ
Pourquoi? Je vous dis que je l'ai volé. Cela est trèasérieux. Tu ne sais pas que je l'ai volé, Lionel? Vous r©* viendriez cent fois que ce serait de même.
MONTJOIE
Gela est incroyable.
ANDRÉ
Pas du tout; cela est tout simple. J'avais une femme... Non, non! Je veux dire seulement que j'ai usé de l'argent du roi de France comme s'il m'appartenait.
MONTJOIE
Est-ce ainsi que vous exécutez vos promesses? Où sont les tableaux que François I*' vous avait chargé d'acheter pour lui?
ANDRÉ
Les miens sont là dedans; prenez-les, si vous voulez; ils ne valent rien. J'ai eu du génie autrefois, ou quelque chose qui ressemblait à du génie ; mais j'ai toujours fait mes tableaux trop vite, pour avoir de l'argent comptant. Prenez-les cependant. Jean, apporte les tableaux que tu trouveras sur le chevalet. Ma femme aimait le plaisir, Messieurs. Vous direz au roi de France qu'il obtienne l'extradition, et il me fera juger par ses tribunaux. Ah I le Corrége! voilà un peintre I II était plus pauvre que moi ; mais jamais un tableau n'est sorti de son atelier un