ACTE III, SCÈNE II
ANDRÉ
Elle ne répondra pas. comble de misère I Je supplie, Lionel, lorsque je devrais punir î Ne me juge pas, mon ami, comme tu pourrais faire un autre homme. Je suis un homme sans caractère, vois-tu I j'étais nt pour vivre tranquille.
LIONEL
Sa douleur me confond malgré moi.
ANDRÉ
honte I ô humiliation ! elle ne répondra pas. Com* ment en suis-je venu là? Sais-tu ce que je lui demande? Ah ! la lâcheté elle-môir»e en rougirait, Lionel ; je lui demande de revenir à moi.
LIONEL
Est-ce possible?
ANDRÉ
Oui, oui, je sais tout cela. J'ai fait un éclat : eh bien! dis-moi, quY ai-je gagné? Je me suis conduit comme tu l'as voulu ; eh bien ! je suis le plus malheureux des hommes. Apprends-le donc, je l'aime, je l'aime plus que jamais 1
UONEL.
Insensé!
Crois-tu qu'elle y consente? Il faut me pardonner d'être un lâche. Mon père était un pauvre ouvrier. Ce Paolo ne viendra pas. Je ne suis point un gentilhomme ; le sang qui coule dans mes veines n'est pas un noble sang.
LIONEL
Plus noble que tu ne crois.
COMÉDIES. L t
ANDRÉ
Mon pèr6 était un pauvre ouvrier... Penses-tu que Gordiani en meure? Le peu de talent qu*on remarqua en moi fit croire au pauvre homme que j'étais protégé par une fée. Et moi, je regardais dans mes promenades les bois et les ruisseaux, espérant toujours voir ma divine protectrice sortir d'un antre mystérieux. C'est ainsi que la toute-puissante nature n^'attirait à elle. Je me fis peintre, et, lambeau par lambeau, le voile des illustrations tomba en poussière à mes pieds.
LIONEL
Pauvre André I
ANDRÉ
Elle* seule! Oui, quand elle parut, je crus que mon rêve se réalisait, et que ma Galatée s'animait sous mes mains.» Insensé I mon génie mourut dans mon amour; tout fut perdu pour moi... Gordiani se meurt, et Lucrèce voudra le suivre... Oh ! massacre et furie ! cet homme ne vient point.
UONEI..
EnvoiQ quelqu'un chez Monna Flora.
ANDRÉ
C'est vrai. Mathurin, va chez Monna Flora. Écoute.
A part.
Observe tout; tâche de rôder dans la maison; demande la réponse à ma lettre ; va, et sois revenu tout à l'heure... Mais pourquoi pas nous-mêmes, Lionel? solitude! solitude! que ferai-je de ces mains-ïà^
LIONEL
Calmez-vous, de grâce.