ACTE III, SCÈNE II
ANDRÉ
Ils sont partis, Damien?
DAMIEN
Que lui dirai-je ? Il a donc tout appris?
ANDRÉ
Ne me mens pas ! je ne les poursuivrai point. Mes forces m'ont abandonné. Qu*ai-je voulu faire?. J'ai voulu avoir du courage, et je n'en ai point. Maintenant, vous le voyez, je ne puis partir. Laissez-moi parler à cet homme»
MATHURIN, 8*approchant d* André.
Plaît-il, maître?
ANDRÉ
Aussi bien, ne suis-je pas déshonoré? Qu'ai-je à faire en ce monde? lumière du soleil! ô belle nature! Ils s'aiment, ils sont heureux. Comme ils courent joyeux dans la plaine ! Leurs chevaux s'animent, et le vent qui passe emporte leurs baisers. La patrie ? la patrie ? ils n'en ont point ceux qui partent ensemble.
DAMIEN
Sa main est froide comme le marbre.
ANDRÉ, bas à Mathurîn.
Écoute-moi, Mathurin, écoute-moi, et rappelle-toî mes paroles : Tu vas prendre un cheval; tu vas aller chez Monna Flora t'informer au juste de la route. Tu lanceras ton cheval au galop. Retiens ce que je te dis. Ne me le fais pas répéter deux fois, je ne le pourrais pas. Tu les rejoindras dans la plaine; tu les aborderas, Mathurin, et tu leur diras : Pourquoi fuyez-vous si vite? La veuve d'André del Sarto peut épouser Cordiani.
lOi ANDRÉ DEL SARTO.
MATHURIN
Fautril dire cela, Monseigneur?
ANDRÉ
Va, va, ne me fais pas répéter.
Mathurin sort.
LIONEL
Qu*as-tu dit à cet homme?
ANDRÉ
Ne Tarrête pas ; il va chez la mère de ma femme. Maintenant qu'on m'apporte ma coupe pleine d'un vîd généreux.
LIONEL
A peine peut-il se soulever.
ANDRÉ
Menez-moi jusqu'à cette porte, mes amis.
Prenant la coupe.
C'était celle des joyeux repas.
DAMIEN
Que cherches-tu sur ta poitrine?
ANDRÉ
Rien ! rien I je croyais l'avoir perdu.
Il boit.
A la mort des arts en Italie !
LIONEL
Arrête î quel est ce flacon dont tu t'es versé quelques gouttes, et qui s'échappe de ta main?
ANDRÉ
C'est un cordial puissant. Approche-le de tes lèvres» et tu seras guéri, quel que soit le mal dont tu souffres» U meurt. . .