‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 76 sur 238 · ACTE I, SCÈNE I. HO · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. HO

en une pluie de larmes le cœur le plus dur, comme la perle de Cléopâtre; un mal que tous les aromates, toute la science humaine ne sauraient soulager, et qui se nourrit du vent qui passe, du parfum d'une rose fanée, du refrain d'une chanson, et qui suce Téternel aliment de ses souffrances dans tout ce qui Tentoure, comme une abeille son miel dans tous les buissons d'un jardin.

MABIANNE.

Me direz-vous le nom de ce mal?

OCTAVE

Que celui qui est digne de le prononcer vous le dise ; que les rêves de vos nuits, que ces orangers verts, cette fraîche cascade vous l'apprennent; que vous puissiez le chercher un beau soir, vous le trouverez sur vos lèvres; son nom n'existe pas sans lui.

MARIANNE

Est-il si dangereux à dire, si terrible dans sa contagion, qu'il effraye une langue qui plaide en sa faveur?

OCTAVE

Est-il si doux à entendre, cousine, que vous le demandiez? Vous l'avez appris à Gœlio.

MARIANNE

C'est donc sans le vouloir, je ne connais ni l'un ni l^autre,

OCTAVE

Que vous les connaissiez ensemble, et que vous ne les sépariez jamais, voilà le souhait de mon cœur»

MARIANNE

En vérité ?

OCTAVE

"Cœlio est le meilleur de mes amis ; si je voulais vous faire envie, je vous dirais qu'il est beau comme le jour, jeune, noble, et je ne mentirais pas; mais je ne veux que vous faire pitié, et je vous dirai qu'il est triste comme la mort, depuis le jour où il vous a vue.

MARIANNE

Est-ce ma faute s'il est triste?

OCTAVE

Est-ce sa faute si vous êtes belle ? Il ne pense qu'à vous; à toute heure il rôde autour de cette maison. N'avez-vous jamais entendu chanter sous vos fenêtres? N'avez-vous jamais aoulevé à ntinuit cette jalousie et ce rideau ?

MARIANNE

Tout le monde peut chanter le soir, et cette place appartient à tout le monde.

OCTAVE

Tout le monde aussi peut vous aimer ; mais personne ne peut vous le dire. Quel âge avez-vous, Marianne?

MARIANNE

Voilà une jolie question! et si je n'avais que dix-neul ans, que voudriez-vous que j'en pense?

OdTAVE.

Vous avez donc encore cinq ou six ans pour être aimée, huit ou dix pour aimer vous-même, et le reste pour prier Dieu.

MARIANNE

Vraiment? Eh bien! pour mettre le temps à profit, j'aime Claudio, votre cousin et mon mari.

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