ACTE II, SCÈNE III
OCTAYE.
Marianne ! Marianne ! au nom du ciel, ne souriez pas 1 ne fermez pas votre cœur au premier éclair qui Tait peut-être traversé I Ce caprice de bonté, ce moment précieux va s'évanouir. — Vous avez prononcé le nom de Cœlio, vous avez pensé à lui, dites-vous. Ah ! si c'est une fantaisie, ne me la gâtez pas. — Le bonheur d'un homme en dépend.
Êtes-vous sûr qu'il ne me soit pas permis de sonrire?
OCTAVE
Oui, VOUS avez raison, je sais tout le tort que mon amitié peut faire. Je sais qui je suis, je le sens ; un pareil langage dans ma bouche a l'air d'une raillerie. Vous doutez de la sincérité de mes paroles ; jamais peut-être je n'ai senti avec plus d'amertume qu'en ce moment le peu de confiance que je puis inspirer.
MARIANNE
Pourquoi cela? Vous voyez que j'écoute. Cœlio me déplaît; je ne veux pas de lui. Parlez-moi de quelque autre, de qui vous voudrez. Choisissez-moi dans vos amis un cavalier digne de moi ; envoyez-le-moi. Octave. Vous voyez que je m'en rapporte à vous.
OCTAVE
G femme trois fois femme ! Cœlio vous déplaît, — maïs le premier venu vous plaira. L'homme qui vous aime depuis un mois, qui s'attache à vos pas, qui mourrait de bon cœur sur un mot de votre bouche, celui-là vous déplaît 1 II est jeune, beau, riche et digne en tout point
de vous; maïs fl tous déplaît I et le premier venu vous plaira !
MARUNNE.
Faites ce que je vous dis, ou ne me revoyez pas.
Elle sort.
OCTAVE, seul.
Ton écharpe est bien jolie, Marianne, et ton petit caprice de colère est un charmant traité de paix. — Il ne me faudrait pas beaucoup d'orgueil pour le comprendre : un peu de perfidie suffirait. Ce sera pourtant Cœlio qui en profitera.
Il sort.