‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 95 sur 238 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

MABUNNE.

Eh bien! parlez-moi de lui.

OCTAVE

Sérieusement?

HARUNNE.

Oui, oui, sérieusement. Me voilà. J*écoute«

OCTAVE

Vous voulez rire ?

HARUNNE.

Quel pitoyable avocat êtes-vous donc? Pariez, que je veuille rire ou non,

OCTAVE

Que regardez-vous à droite et à gauche ? En vérité, vous êtes en colère.

MARIANNE

Je veux prendre un amant, Octave... sinon un amant, du moins un cavalier. Que me conseillez-vous? Je m*en rapporte à votre choix : — Gœlio ou tout autre, peu m'importe; — dès demain, — dès ce soir, celui qui aura la fantaisie de chanter sous mes fenêtres trouvera ma porte entr'ouverte. Eh bien ! vous ne parlez pas? Je vous dis que je prends un amant. Tenez, voilà mon écharpe en gage : — qui vous voudrez la rapportera.

OCTAVE

Marianne! quelle que soit la raison qui a pu vous inspirer une minute de complaisance, puisque vous m'avez appelé, puisque vous consentez à m'entendre, au nom du ciel, restez la même une minute encore , permettez-moi de vous parler.

U se jette à gcncax.

i50 LES CAPRICES DE MARIANNE.

HARUIfNE.

Que voulez-vous me dire ?

OCTAVE

Si jamais homme au monde a été digne de vous comprendre, digne de vivre et de mourir pour vous, cet homme est Gœlio. Je n'ai jamais valu grand'chose, et je me rends cette justice, que la passion dont je fais réloge trouve un misérable interprète. Ah! si vous saviez sur quel autel sacré vous êtes adorée comme un Dieu ! Vous, si belle, si jeune, si pure encore, livrée à un vieillard qui n'a plus de sens, et qui n'a jamais eu de cœur ! Si vous saviez quel trésor de bonheur, quelle mine féconde repose en vous I en lui ! dans cette frsuche aurore de jeunesse, dans cette rosée céleste de la vie, dans ce premier accord de deux âmes jumelles ! Je ne vous parle pas de sa souffrance, de cette douce et triste mélancolie qui ne s'est jamais lassée de vos rigueurs, et qui en mourrait sans se plaindre. Oui, Marianne, il en mourra. Que puis-je vous dire?Qu'inventerais-je pour donner à mes paroles la force qui leur manque? Je ne sais pas le langage de l'amour. Regardez dans votre âme ; c'est elle qui peut vous parler de la sienne. Y a-trîl un pouvoir capable de vous toucher? Vous qui savei supplier Dieu, existe-t-il une prière qui puisse rendre ce dont mon cœur est plein?

MARIANNE

Relevez-vous, Octave, En vérité, si quelqu'un entrait ici, ne croirait-on pas, à vous entendre, que c'est pour vous que vous plaidez?

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