L- Allons tout droit 1à où je voy du feu
75 Si la maison ha pitié au mylieu, Vous y serez humainement receué.
f En allant. Seigneur, celuy qui vivifie et tue F Vous soit salut et consolation ; de Vous plairoit il et logis et repue E Vouloir donner par grand compassion?
LE PREMIER HOSTE. Aux riches gens voudrois Li faire service,
Car mon mestier et mon commun office,
"+ N'est seulement que toujours amasser
Or et argent, là veux mon temps passer.
1 éd. 1547 et Frank: 63 point d'interrogation après if. — 69 éd. Frank fasse
l'a Marguerite de Navarre.
85 Riche veux estre; à ce tènd mon soucy Je hay le povre, et povreté aussi:
J'ayme le riche estant à moy semblable; De luy j'attends quelque honneur prouftable:
Allez, amyz, pour vous je suis trop chiche; 90 Mon logis est remply d’un homme riche.
JOSEPH. Allons nous en, l’aumosne est icy faite. O charité, qui rendz l'ame parfaite, Difficile est que l’on te trouve au cœur De l’homme riche, si DIEU n’y est vainqueur!
95 En voilà un, à dire vérité, Qui semble bon: Monsieur, par charité, (Regardant le second: hoste.)
Vous plairoit il loger moy et ma femme?
Car entendez que ceste povre dame Est sur le point de son acouchement.
100 LE IL HOSTE. Icy n'aurez point de logis, vraÿment ; Un mien amy, qui n'est petit seigneur, Y cest logé, dont je reçoy honneur:
Mon logis n'est pour telle sens que vous, 1 Vous n’y povez apporter que des poux. | 105 Princes et Roys sont icy bien venuz, Sans rien payer ilz sont entretenuz; Car esperer je puis par leur moyen, D'avoir en fin quelque honneur terrien ; - Telz gens que vous ne m’y peuvent servir; 110 Parquoy n’y veux mon logis asservir, #4 ‘De vous y voir certes j'aurois grand honte. ,
JOSEPH. Adieu, Seigneur. Quand orgueil l’homme domte, | D'humilité perd sy fort l’appetit, Qu'il ne peult plus recevoir le Petit:
115 Mais cestuy là qui le Petit refuse
Pour estre grand, bien clairement s’abuse.
Car nul ne peult monter à la hautesse, Qui descendu n’est à la petitesse.
Regardant le tiers hoste.
En voilà un qui ha bien bon visage;
-Mais essayons un petit son courage.
Bon soir, Seigneur : vous plaist il heberger Ma femme et moy et pour annuit loger ?
LE III. HOSTE. Je ne sçaurois ; en vain estes
parlans; Car j'ay icy logé d’aûtres gallans, En esperant passer la nuiet à boire; Qui ne sera sy obscure ny noire Qu'elle ne soit entre nous bien joyeuse.
Nous menerons vie delitieuse,
Danses et jeux, et femmes et banquetz
Ne nous faudront et mille bons caquetz :
Cure n'avons de gens pleins de tristesse:
Prenez ailleurs, mes amys, vostre addresse.
Si ne scavez bien danser et baller,
Vous povez bien en autre lieu aller ;
Sy sages gens ne voulons recevoir,
IF nous fait mal seulement de vous voir.
JOSEPH en s'en allant. Or Adieu donc. O' que
Volupté fole Ce povre monde aveuglit et affole ; En leur ostant la parfaite science, Fait refuser la haulte sapience!
O Salomon, vous l’avez bien predit, Qu'en l’Ame où est ce vice tant maudit La sapience à jamais n’entrera.
Allons plus loing; et Dieu nous monstrera Où il luy plaist. que nous facions demeure.
. MARIE. Joseph, il fault que vous soyez sçavant
Marguerite de N: avarre.
“MARIE. Làs, mon amy, je voy ne l'heure
Que naistre doit le fruit tant desiré; Regardons où.
JOSEPH, regar dant l'estable. Au fort je vous diré Voicy un lieu qui sert de povre estable ; Bien qu'il ne soit pour l'enfant honorable, Necessité nous contraint d'y entrer:
Et je mettray peine de l’acoustrer, Pour vous garder de l'injure du vent.
Qu'il n’est nul lieu où Dieu soit en presence, Qu'il ne soit plein de lumiere et plaisance; Prenons en gré ce qu il donne à noz CpLDRI Ne regardons jamais à ce deHoese
JOSEPH, en allant à la ville.
En ceste ville iray pour nous pourvoir De ce qu'avons necessité d’avoir.
MARIE. Allez, amy, seule ne me laissez; Car où Dieu est, j'ay compagnie assez.
* Pere eternel, dont la bonté est telle Qu'elle ne peult de nature mortelle Estre congnue, entendue, ou comprinse; — Mais toutesfois Amour veult que ne cele Les biens qu’as fait à ta petite ancelle; Car j'en serois comme ingrate reprinse, — O Dieu d'Amour qui embrase et attise Les cœurs tresdurs que la charité fend, Graces te rendz dont pour Mere m'as prise De ton trescher et tresamé enfant.
En moy ne sens ne vertuz ne value Qui meritast estre de toy eslue Et appellee à sy digne service.
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O Toutpuissant, je t’adore et salue ; Te merciant, que de terre polue M'as retirée exempte de toute vice.
Que suis je moy, pour faire tel office ?
180 Rien. Mais ce Rien tu remplis tant d'honneur Que cœur, esprit et corps en sacrifice.
Voire et mon Tout je offre à toy seul, Seigneur.
J'ay ta Parole et crene et observée,
Dont mere suis; làs, tu m'as conservée
135 Avec le fruit qu'en moy il t'a pleu mettre; De tout danger, Seigneur, as preservée, Mais je sçay bien que tu as reservée Plus grand faveur que dehors te fault mettre. Assiste donc à l’admirable naijstre
190 Du vray salut, qu’il t'a pleu de promettre À bons croyans. Pere, plus ne demeure, Tu es mon DIEU, et ma vie, et mon estre, Regarde moy, Seigneur ; car voici l'heure.
O le plaisir de l’union parfaite
195. ‘Que ta bonté de toy et moy a faite, Tant que ne sens rien en moy, fors que toy!
Ton grand thresor secret me manifeste, Ton saint esprit ne me cœuvre nul texte Soit de la vieille ou la nouvelle Loy.
200 D'amour je viz: car rien ne sens en moy
. * Que toy, Seigneur, qui es mon ame et vie.
:. Mon ame perd le sentement de soy
À Car par amour en toy elle est ravie.
DIEU LE PERE. O vous espritz, en moy vivans par grace, 205 Et soustenuz du regard de ma face,
. 178. 1547: exemple — 183. 1547 ne marque pas le début de la strophe — 200 par erreur point après
moy (1547)
Marguerite de Navarre.
Ne congnoissans que moy en toute chose, Voicy le temps que ceste terre basse Me germera le fruit, qui outrepasse- Le sens humain: car en mortelle rose Divinité on y verra enclose, Venant d’enhault, monstrant qu’en elle suis.
Voyez ma Fille eslue et mon Espouse, Dont separer à jamais ne me puis.
Du vray repoz d'amour, est endormie, Non d'amitié imparfaite et demie; Mais elle y court sy viste, que son corps Ne rien d’abas elle ne congnoit mye:
Macule n’ha, toute belle est m'amye.
Plus elle dort, plus son esprit court lors ; Elle ne sent rien dedans ne dehors, Sinon moy seul, par unie union.
Son plaisir prend en mes divins accords Desquelz en moy elle ha communion.
Divins espritz, Ô fille de Zion,
.N'empeschez point sa contemplation, Je vous adjure, et commande, et ordonne.
Par les espritz, promptz par affection Plus que les cerfz, par la dilection Des plus ardens d'intelligence bonne,
Plus que chevreux sautans montaigne et borne,
Que vous n’ayez à troubler sa personne
Et que nully de vous ne la resveille,
Jusques à ce que l'heure heureuse sonne
Et qu’elle mesme en grand'joye le vueille.
Allez à bas, vuydez tout le ciel d'Anges,
Et en chantant augmentez mes louenges ;
Servez m'amye et mon enfant trescher:;
À mes esluz comptez les cas estranges,
Et que tirez sont des maudites fanges Là où Sathan les souloit attacher:
Si recevoir peuvent l'enfant en chair,
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Croyant qu'il est leur vie et leur salut, De moy pourront seurement approcher.
Rien fors mon Filz jamais ne leur valut.
LE PREMIER ANGE,. Rien ne voulons sinon
ton saint vouloir Executer par ton puissant povoir, Pere eternel; car nous sommes venuz De toy, en toy, et par toy soustenuz.
Tu es nostre Estre et nostre Mouvement, En nous tu fais ton vouloir seulement:
Si ta beauté en nous, nous regardons Ainsi que nostre, helàs, nous la perdons; Si nous cuydons nostre ce qui est tien, Nous retournons soudainement à rien.
Trop Lucifer ce Cuyder esprouva ; Se regardant, non toy, rien Se trouva; Nous qui n'avons Vouloir que ton desir, . Estre que toy ne Bien que ton plaisir, Commande nous ce qu'il te plaist de faire, Car toy seul peux commander et parfaire.
LE SECOND ANGE. O l'Eternel et l'antique
des ans,
Auquel, duquel, la vertu je me sens,
Parle, Seigneur; car tu as tel credit,
Qu'aussi tost est ton vouloir fait que dit.
Tu as creé par un seul Commander
Ce qu'il te plaist de nous recommander ;
Il sera fait, car tel povoir avons,
Estans en toy, par qui vivons, mourons.
LE TIERS ANGE. Puis que l'enfant te plaist.
de regarder, Voire et par nous songneusement garder, Tres voluntiers nous ferons ce mystere
LD PSE Marguerite de Navarre. UE
:Et aux croyans ne le voudrons pas taire, Mais déclarer ceste venue heureuse, Portant salut à toute ame amoureuse