‹ ComédiesChapitre 15 sur 73 · Que tu congnois et qu'eslue tu as · texte numérisé non relu

Que tu congnois et qu'eslue tu as

Qui ha desir de voir ton Messias,

LE III ANGE. Aux sages Roys attendans ce grand bien Par ferme Foy il n’en fault celer rien:

Ceste bonne Anne au temple qui l'attend, 280 Aura bien tost par nous l’esprit content: Et Simeon plein d’extreme vieillesse, Remply de Foy, en sentira liesse ; Et congnoistra qu’il n’a son temps perdu D’avoir le CHRIST par amour attendu.

285 Puis nous irons annoncer aux pasteurs, - Qui des troupeaux sont songneux amateurs, L'’Agneaun venu. Car qui fait son devoir Et son estat. ha desir de le voir.

LE V. ANGE. Et moy, Seigneur, de bien grand appetit É

290 Iray cercher où est le Pluspetit, # Et luy diray qu'il est grand devenu

Puis que le Grand s'est fait Petit tout nu. 1 DIEU. Allez, enfans, executer ce rolle, \ Et par vous soit faite ceste parole. ë

TOUS LES ANGES, ensemble chantans.

À toy toute gloire, 0 trespuissant Seigneur, Depuis qu’'as en memoire: Jar D’estre de CHRIST donneur A tout l'humain lignage, = 300 Dont Sathan feut vainqueur;

[ss] \O (Su

Comédie ï 114

Pour faire ton message, Nous courons de bon cœur À Marie la sage,

Luy faisant tout honneur.

305 MARIE. O Createur d'incongnue nature Fors qu’à toy seul, duquel la pourtraiture Voy en ton Filz, petite creature, Làs qu'est cecy?

Quelle bonté, quelle grace, et mercy 310 ‘Nous te devons, donnant l'enfant sans Si! Dont j'ay le cœur de joye si transy, Que ne puis dire Ne bien penser, ainsi que je desire, Quel est ce bien, qui tout à soy me tire 315 Par fort amour; dont je pleure et souspire | Par vray plaisir. . O des Esluz le desiré desir, 1 Làs, te plaist-il en ta terre gesir Comme un enfant, et pour mere choisir 320 Moy ton ancelle ?

C’est un grand cas, point ne fault que le cele, De me voir mere estant vierge et pucelle, Mere d’un Filz qui tout autre precelle:

Vray DIEU et homme, Je sents en moy de tes biens telle somme Que mon povoir tu absorbe et assomme.

Car charité qui ton vouloir consomme Me tient suspense. … Possible n’est que mon sentiment pense, 830 Ne mon penser par parole dispense ; Car sy grand est de toy la congnoissance, Que plus ne sents Que c’est de moy. Donne force à mes sens Pour mieux servir le Roy des innocents ;

[de] [Ke] O1

à ui

Marguerite de Navarre.

Car de bon cœur, Seigneur, je. me consents À ton service.

Pour le porter sois à mes bras propice, Remplis mon sein de laict pur, sans nul vice, Pour de ton filz estre vierge nourrice.

Or sus, mon ame, Louë ton DIEU ; qui à moy povre femme Fait tel honneur, que chacun me dit Dame, Par le regard de celuy qui enflamme Mon cœur de joye.

O mon enfant! est-il vray que je voye Ce que long temps tant desiré j’avove, DIEU avec nous, verité, vie et voye En corps mortel ?

Foy là dessoubz me le monstre immortel;

Car quant au corps, mon Filz, je vous voy tel

Qu'un autre enfant. O grand Prebstre et autel Tant admirable!

Voire et hostie, à DIEU seule agreable,

Qui aux on rens le Pere placable.

O douce odeur, à encens delectable; O doux Ag neau,

Qui entreprens de ‘porter le fardeau

De tous pechés, rendant l’homme nouveau,

Damné en soy, en Dieu plaisant et beau!

: O0 Dieu en chair,

Emmanuel du Pere filz trescher,

Pourräy je bien de mes mains vous toucher,

Et de ma bouche à la vostre approcher ?

O Dieu, quelle ayse!

Comme mon Dieu l'adore, et puis le baise Comme mon filz. Mais que je luy complaise, Avoir ne puis chose qui me desplaise.

Je n’ay maison Pour vous servir, comme il seroit raison; Mais Dieu, auquel s'addresse l’oraisoun,

os EE SE

Fera le lieu, et la froide saison Pour ta santé Telle qu'il fault; nous donnant à planté Ce que voirra sa bonne volunté ; C’est ce qui rend mon Esprit contenté. :

Or fault qu'à l’œuvre Mette la main, et ce petit corps cœuvre, Qui est de DIEU le tresamé chef d'œuvre, Des drappeletz non faitz d'argent, ny d’or, Fors que le lin, dont assez l’on recœuvre; Mais de rien, n’est moins riche ce thresor.

LE I. ANGE. Je te salue, à dame bienheureuse,

Mere du Filz dont tu es amoureuse, Sans offenser pure virginité; Tu as receu nom de maternité,

Et du Puissant es la mere et la fille.

En un moment plus prompt que l’œil ne sille Foy assembla en toy divinité,

Sans despriser la povre humanité.

Or voyons nous en un suppost uny L'homme-avece DIET, et le meffait puny

Du vieil Adam, par une mort cruclle,

Dont la facon ne fault que je revele.

LE II. ANGE. Honneur devons à l’'Agneau pur

et munde, Voire et occiz avant que fust le monde Constitué; lequel ouvrit le livre Qui rend Adam de tout peché delivre; Nul ne povoit lire sus escriture, Chacun pleuroit pour -en faire lecture; Mais cest Agneau l'ouvrit quasi occiz, Dont luy devons louenge et grand merciz.

LE III. ANGE. O du thresor divin le coffre et l'arche, Duquel n’y a prophete ou patriarche Qui n’ayt chanté, prophetizé, predit, Que du serpent venimeux et maudit Seroit par toy force et teste brisée, Nous t'adorons: et la vierge prisée Nous saluons sur toutes humblement ; Car par sa Foy a receu sauvement Pour elle et tous ceux de l’humain lignage, Dont luy devons service d’ayantage.

LE III. ANGE, O vray sauveur que le Pere a tenté, Voire tous biens et honneur presenté, Pour en plaisir regner dessus la terre, Eslu avez plustost porter la guerre Contre la mort, le peché et Sathan, Qu’entre leurs mains laisser Le povre Adam.

Des biens mondains vous n’avez tenu compte, Car Charité qui tout thresor surmonte, Vous a contraint de faire tel effort, Que pour tous biens avez choisy la mort.

Ce que je suis, et puis estre, soubmetz De vous servir, et louer à jamais.

LE CINQUIEME ANGE. Petit enfant, ne vheiléz

espargner Moy trespetit; ou soit pour vous baigner, Ou vous chauffer voz draps ou vostre lict, A vous servir je prendray grand délict.

LES ANGES, chantans ensemble.

O Admirable hautesse!

Grace nous te rendons, Dont voyons en liesse Le bien que pretendons:

Page 1