MEMOIRE
Puis qu’il te plaist, Ô Dieu seul sur tous Dieux, Porter luy vois ce Livre antique et vieux,
v.. 135 éd. 1547 poënt après Cité
165 Qu'elle pourra lire à son beau loisir.
Et son Esprit qui habite aux saintz cieux Avecques toy en ce:delicieux Livre, prendra un souverain plaisir.
Elle sçaura du fiel le miel choisir:
. 170 Car ce secret mieux que nul autre entend; En l’entendant satisfait son desir, Qui rend son cœur, esprit, et corps content.
DIEU. Or sus, après, va Consolation, Car quand Memoire et Contemplation 175 Luy auront fait bien au long voir leur roile, Ce petit Livre ouvert d'affection Remply d'amour, et de dilection, Luy feras voir, comme un Maistre d'eschole; En luy monstrant ceste vive ‘Parole, 180 Ce Don promis, ce grand Emmanuel, Mon Verbe en chair, qu'Amour unist et colle, Elle en aura plaisir continuel,
CONSOLATION. Legerement j'ay desir de voler.
Pour au Desert vers ceste Dame aller, 185 La consolant par ce Livre tant beau Dedens lequel ellé t'oyra parler; Qui luy viendras tes secretz reveler, Et ton vouloir, et Testament Nouveau, La Vie, et Mort y verra de l’Agneau, 190 (Qui est vers toy l’Hostie pacifique) Mettant à rien le Mouton et le Veau, Parquoy son cœur chantera maint Cantique.
\ DIEU. Anges, allez en ce Desert destruit; Resjouyssez par harmonieux bruit 195 Mere et Enfant; commandez de par moy, Aux arbres secz de leur donner du fruit,
Et qu'un chacun ruisseau soit bien instruit
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D'offrir leur eaux à leur Seigneur et Roy, Tant qu’en ce lieu plein de tout desarroy, Où rien n’y a, soit tout en abondance; Car où je veux toucher du bout du doigt, Mon grand povoir se voit en evidence.
LES ANGES chantans.
Puis qu’il te plaist Seigneur Dieu, Allons faire reverence En ce povre et desert lieu Où. de bien n'a apparence.
A ton Filz le tresaymé, Et à ta parfaite Amye, - D'un grand plaisir enflammé De servir ne faudrons mye.
Des arbres leur porterons, Fruits pleins de saveur exquise; Des fleurs les consolerons,
Et de l’eaue douce et requise,
Mais de tout soit gloire à toy En ciel et terre donnee,
Qui grace par ton filz Roy As à tous abandonnee.
: MARIE. Dieu eternel, mon Pere, et mon Espoux,
À mon resveil je t'adore à genoux, Comme la Vie et l’Estre de nous tous, Tel je te tiens.
En te rendant graces de tous tes biens, Te merciant de ce que moy ton Riens As regardee, Du doux regard, par qui je suis gardee, Sans que pour rien j'en soye retardee, En repos tel, Qu'il ne se peult gouster de cœur mortel.
O Dieu, qui es immuable, immortel, En toy je vys,
Marguerite de Navarre.
En toy je dors; car en toy sont ravys Tous mes esprits: or fais à ton devis De moy ta serve. L' Fais que ton Filz à ton vouloir je serve, Et que la Loy parfaitement j'observe, En la servant.
En luy te voy tout puissant, tout sçavant, Par cest esprit et tresgracieux vent, Qui souffle en moy, Me faisant voir ton Filz né soubz la Loy, Dedens lequel je congnois par la Foy Divinité, Soubz le manteau de céste humanité; En laquelle ha par son humilité Entrepris faire £.
Toute la Loy, l’accomplir et parfaire.
Toy qui n’avois de nous tous rien à faire, Par ton amour Veux que ton Filz nous face un sy bon tour, Que tous humains lui devront de retour.
Car jamais rendre Nul ne pourra ce qu'il veult entreprendre, Ny le travail que pour nous il veult Pet Ny grand mercy Dire, qui soit suffisant sans nul Si, Ni le louer comme l’on doit aussi.
Parquoy debteurs Tous luy seront, et serfz, et serviteurs ; x Tout obligez, que s’ilz ne sont menteurs, #
Confesseront Que rachetez par sa bonté seront. * 1 Il est leur prix, dont ne se passeront Ny jour ny heure. F Et ce grand prix en ce Desert demeure, ï Comme un enfant qui souvent plaint et pleur Quasi laissé
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Comédies. ja 139
De toy, Seigneur. qui l’as tant abbaïissé.
Et quant à moy je n'ai jamais cessé De le servir, RO Pour ton vouloir. tant que j'ay peu suyvir:.
Mais si je peux trouver et desservir Grace en tes yeux, Je te requiers nous donner un peu mieux, Que l'œil ne peult esperer’ en ces lieux Inhabitables.
Que chaud et froid nous soyent raisonnables, Que faim ne soif ne soyent importables; Et pue puissions Vivre en repos par rochers et buissons; Où separez ne soyons des doux sons Spirituelz, Et de tes dons en nous continuelz.
Non des grans biens que reçoit annuelz Ta creature, Mais de ton pain et celeste pasture ; De la vive eau qui fait de la closture Du monde bas Saillir à toy source de tout soulas :
Car mon cœur n’est jamais remis ne las De t’embrasser.
Mon Dieu, mon Tout, dont ne me peux passer, (Car en toy sents et mon Estre et ma Vie) Et tant d'amour, qu'elle peult effacer Tourment et mort; car en toy suis ravie.
LES ANGES chantans.
À toy, Dame, venons rendre Louenge, gloire, et honneur, Adorans ton Enfant tendre, Nostre Roy, Maistre et Seigneur.
Car de Dieu la grand'Lumiere
Marguerite de Navarre.
Comme à travers la verriere
Voyons en luy et en toy,
Non seulement par la Foy; Car nous scavons que Dieu Est en vous en ce lieu.
Dieu vray Pere nous envoye, A fin qu’en ce grand desert Te suyvons par toute voye; Dont un chacun de nous sert Voluntiers à toy, ma Dame, | Sur toutes l’heureuse femme; ; L’amye du Dieu d’enhault . Demande ce qu'il te fault, Car nous t'obeïrons Et en tous lieux irons.
Ces lieux deserts et estranges
Pour ta consolation.
Nous remplirons de louenges,
Et de jubilation ;
Tant que la terre deserte
Sera remplie et couverte,
De tout bien et tout plaisir,
Desquelz tu pourras choisir, Plus que ne feut jadis D'Adam le paradis.
MARIE. Loué soit Dieu qui pourvoit son Enfant De ce qu’il fault, à sa necessité; Et qui par vous de tous maux le defend, Tant qu'il ne peut sentir adversité.
Ce grand desert trop mieux qu'une cité Je voy remply de toute jJoye et bien; O Dieu, dessoubz ceste diversité, Qui t'y peult voir, il n’ha faulte de rien.
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