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S'il est en Christ, plus ne doit souspirer ; Car Christ en Dieu sans fin le fera vivre, Sans que nully l’en puisse retirer, S'il èst escrit en ce bienheureux Livre.
: C’est la seure adresse
De ceste promesse
Tant reiteree,
Que Dieu en justice
Tourneroit malice
Trop inveteree.
Sur s0ÿ le peché
Sera sy caché,
Porté et deffait,
Que Dieu le tiendra F Un jour que viendra,
Pour bien satisfait.
Làs, ce sera la piteuse journée Que le payeur n’espargnera son sang Et que verras ta joie retournee En grand douleur, voyant sur le dur banc D'une grand croix l'Agneau tant pur et blanc, Pour tous les siens justement satisfaire,
Car pour tirer ses Esluz à son reng D’eternité, ne lairra rien à faire.
En luy la Mort, morte (Qui estoit sy forte) Pour jamais sera.
Car le cuydant prendre, Luy sans se defendre Son chef cassera.
Le Peché aussi Vilaïin et noircy Sera effacé ; Enfer par ce Christ Sera tout prescrit, Brisé, et cassé.
156 Marguerite de Navarre.
815 Mais Adam, mis à mort par Passion Telle qu’il fault pour son forfait esteindre, Retournera par Resurrection, | Pour bien heureux le hault du Ciel atteindre Celuy qui s’est voulu faire le moindre É 820 Jusqu'au plus bas de l'enfer descendant, Sera mis hault, où nul ne peut aveindre, S'il n’est passé par ce feu tresardent.
Mais sa Creature . De vile nature 895 Qui reçoit par Foy L’Agneau, et se colle À Iluy, et s'en voile Du tout hors de soy, Elle ,jn’est plus elle:
830 Mais par Foy et zele ‘ ‘Est Filz du Treshault.
Son nom elle perd, Dont celuy appert De Dieu, qui mieux vault.
835 Or contemplez, ma tresheureuse Dame, Quel bien, quel heur, et quel contentement Peult recevoir et ressentir ceste ame ; Ame non plus, mais esprit seulement, Esprit remply de divin mouvement. - 4 840 Qui plus se perd en luy, plus se rétreuve Estre en son Dieu, toy seule sçais comment, Cecy se fait, tu en as fait l’espreuve.
Or resjouis toy, : Toy qui as par Foy 845 La grace trouvee Que Eve avoit perdue, Pour s'estre rendue A voix reprouvee.
Chante dens ton cœur 850 Pour l’Agneau vainqueur
D'enfer et de Mort ; Dieu à toy m'envoye, .
Lequel est ta joye, Plaisir, et confort.
855 MARIE. Je ne puis pas sans admiration Ce Livre voir sy plein de charité,
Je voy de Dieu, l'amour, l'affection, Envers celuy qui avoit merité
Que Dieu à luy fust tousjours irrité.
- 860 Je voy ce Dieu qui par ‘bonté immense ‘4 Donne au menteur, son Filz, sa Verité ;
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4 Voire et fait chair son Verbe et sa semence. $ O bonté trop grande,
j Qui la Loy commande
805 . Impossible à faire ;
À - Puis tu metz pour l’homme k | Ton Filz, qui la somme
3 Prend à satisfaire.
k Amour vaine aux Cieux | 870 De Dieu les doux yeux Le ‘: Pour nous regarder ;
à Et le cœur enflame
Du Filz, qui son ame
Eu. Met pour nous garder.
875 Mais quand le'Filz est bien glorifié, Ayant en nous Dieu tout seul fait congnoistre, Et nostre Adam du tout mortifié,
Son saint Esprit donne, et fait apparoistre,
. . Et que Dieu est en nous la Vie et l’Estre.
880 Ceste union est la beatitude
Du vray croyant, à Dieu, mon Pere et Maistre;,
v. 881. éd. 1547 croyant. Ô Dieu,
158 Marguerite de Navarre.
Et que voicy une plaisante estude !
Ce Livre de grace Tous les autres passe 885 Pour plaisir donner :
Pleurer tourne en rire, Parquoy le veux lire Sans l’abandonner.
Par dilection 890 En l’Election De Dieu je me voy; De tous'temps preveue Aymée et Esleue, Me gardant en s0y.
805 Puis quand le temps vint en sa plenitude Lequel feut tant des Peres attendu, Il me choisit d’entre la multitude A un honneur de moy non pretendu:
Car non obstant que bien j'eusse entendu 900 Que son Filz Christ devoit naistre de Vierge. Je n’estimois un tel bien m'estre deu D'estre d’un tel thresor humble concierge.
Je m'estimois rien, Vuyde de tout bien, 905 j Et moins m'estimoye Que povre vermine, Ou morte racine ; Mais Dieu seul j'aymoye Lequel m'a trouvee 910 Bas, mais eslevee Hault, par sy doulz piege, Que Mere honnoree' M'a fait, decoree Sur son dextre siege.
915 Ce bien est mien, avant que fust le Monde Fait-ny formé; car Amour par luy seul De tout peché me feit exempte et munde.