ERNEST
Puis me feit naiïstre en ce val plein de dueil, Et me donna un regard de son œil Sy amoureux, qu'il me feit amoureuse :
Dont toutes gens voyans ce doux acueil, Me chanteront et diront bien heureuse,
Seigneur, quel merite
Avoit ta petite
Servante peu faire,
Pour estre estrenee
Avant qu'estre nee
Du bien qui doit plaire ?
Mon affection
Mon Election
N’avoit pas esmue ;
Seigneur, ta bonté
T'a pour moy domté,
Parquoy m'as eslue.
O quel honneur d'amitié paternelle !
Quelle faveur faite à ta chambriere !
Non à moy seule, ja ne fault que le cele, (Bien que je suis des Esluz la premiere) Mais à tous ceux qui dessoubs ma banniere, Par vive Foy suyvront l'occis Agneau.
Venez Pecheurs, sans regarder derriere, Ne doutez point de mon celeste appeau.
Qui croit comme moy,
Par tresvive Foy,
Mere est du Sauveur,
En son cœur l’engendre
Mais qu’il puisse entendre
Sa grande faveur.
Foy fait recevoir, Prendre et concevoir Oyant Dieu parler.
v. 934 éd. Frank: esleue.
Marguerite de Navarre.
Son enfant trescher Son verbe fait Chair, Qu'il ne fault celer.
Puis que par Foy j'ai receu en largesse, :
Sans que de moy vinst la cause ou raison, Le Filz de Dieu, l’attendue promesse, Que Gedeon congnut en la toison; Priez sans cesse en devote oraison Ce Pere Dieu, vous Pecheurs condemnez, Que Foy bruslant par amoureux tison Mette en voz cœurs, pour n'’estre point damnez. Je vous certifie Que Dieu justifie Par CHRIST, le pecheur Mais s’il ne le croit Et Foy ne reçoit En luy ce bonheur Par terme fiance, En sa conscience N'’aura nul repouz. Dieu est le donneur, -Foy le receveur De ce CHRIST tant doux.
Qui donc aura par Foy ce CHRIST receu, Fera tout ce que le Pere commande ; Le saint Esprit, qui n’a nully deceu, Fera en luy œuvre louable et grande ; Et Dieu plus fort à l'homme ne demande, Que d’acomplir sa bonne volonté; Ce qu'il ne peult; mais CHRIST paye l'amende : .
Parquoy tout mal est vaincu et domté.
Or sont ceux sa Mere, Son Cousin et Frere, Qui le bon vouloir ‘Du puissant et sage
Font de bon courage, Pour en eux l'avoir.
Car en eux ouvrant Leur va descouvrant, Que c’est sa puissance, Qui fait tout en eux; Qui fait un de deux Par sa congnoissance.
Mere je suis de son humanité, Qu'il print en moy laquelle j'æy portee, Mere je suis de sa divinité ; Car par la Foy j'estois tant exhortee, Que j'ay receu, dont suis reconfortee, Voire et conceu la Deïté treshaute ; Et par son don sa grace rapportée, Avec. laquelle on ne peult faire faute.
Croyez, recevez, ‘ Portez, concevez Dieu par sa Parole ; Et sentez le en vous, Pere, frere, Espoux, Qui jouë son rolle.
En vous se louera, Quand il jouyra De vous purement ; En vous son amour Sans cesser nul jour, L'aymera vrayment.
Tant plus je lis ce Livre d'amour plein,
Et plus mon cœur, qui par Foy est certain, Livre de grace et ‘bonté et douceur, De ceste amour sent la douce liqueur.
éd. Frank: après v. 1011 son amour Qui : bon vouloir Sans cesser . .,
Bibl. rom. 29299. je ui
Marguerite de Navarre.
Car sans douter est mon Esprit tresseur, Qu'en mon Amy je suis, et luy en moy; Dont possedant mon puissant possesseur Plus esmoyer ne me peult nul esmoy, Mon Dieu est sy mien Que ce qui est sien Dedens moy je sents ; Et dedens luy suis, Dont saillir ne puys, * Car je m'y consens.
: En mes bras le porte, Aux siens me conforte, Dont luy seul m’embrasse; Ma bouche le baise, La sienne m'appaise Qui tout plaisir passe.
Si sçay je bien qu’un grand jour qui viendra . Pour mettre fin à ce qu'il a promis, Honteusement mourir luy conviendra, Pour racheter de mort tous ses amys.
Ce bouquet là de myrrhe j'en ay mis Dedens mon sein, mon cœur et ma memoire Long temps y a; car je n'ay rien omis A contempler ceste piteuse histoire.
Simeon le vieux, Voyant de ses yeux Ce doux salutaire, En pleurant bien fort Ceste dure mort, Ne me voulut taire.
Mais selon son dit Tant en ont predit Par le temps passé, Qu'il n’y a Esprit Voyant leur Escrit, Qui n’en soit lassé.
tent
Comédies. A 168
Mais regardant en ceste passion
De l'œil de Foy, qui ne s’arreste au corps, Je voy au fonds la consolation,
Qui ne se peult congnoistre par dehors.
C'est que mon Filz semblable à un des Mortz, De ceste mort, mourant, aura victoire:
Et en semblant foible par ses effortz,
‘Sur les plus forts emportera la gloire.
Par obeïssance
Rompra la puissance - Du peché d'Adam :
Qui pour lever l'œil
Trop haut par orgueil
Feut chassé d’'Eden.
CHRIST cloué de cloux Donra de telz coups, Qu'enfer brisera :
Son corps attaché Ostera peché, Et l’effacera.
Puis ce corps là, mort par affection, Obeïssant au Pere entierement,
Voy revenir en resurrection, Triumphateur de mort et de tourment, Victorieux d’enfer parfaitement,
Et de peché, dont ses Esluz retire ;
Et puis monter au Ciel triumphamment Auprès du Pere où est ce qu'il desire:
Je le voy assy
Hors de tout soucy, Du Pere à la dextre; Où, quoy qu'il ayt fait, Par Foy en effect
Le voy toüsjours estre,
164 Marguerite de Navarre.
Moy qui en luy suis, 1090 Desirer ne puys Mieux qu’en chacun lieu, Par tout triumphant Voir par mon Enfant Tout en tous mon Dieu.