LE III ANGE
Le fruit d'amour est en toy tout entier, Car d’aymer Dieu sçais sy bien le mestier Que toute amour auprès n’est que painture.
0 DE III. ANGE
“1150 : Tu es le Liz blanc et cler, pur et munde, Vivant parmy les espines du Monde,
: Sans en sentir üne seule pointure.
SE | h. 1122 éd. 1547 et Frank: en tout cœur,
- 166 Marguerite de Navarre.
LE V. ANGE
Tu es le miel, douceur saillant du fort, Et celuy dont Jonatas reconfort 1135 Trouva, lequel luy redonna la veué.
LE VI. ANGE
Pleine tu es de l’eaue tant clere et belle, Qui fait saillir en la vie eternelle Ceux qui par Foy et Charité l’ont beué.
LE PREMIER ANGE
: En nourrissant ton pur et chaste corps 1119 De miel, et fruitz differens par dehors Tu voy en eux Dieu, qui de tous est Vie.
MARIE. Qui a gousté ceste manne celeste, Làs, il est plus ignorant qu’une beste Si d'autre chose il peult avoir envie.
LE IL ANGE
1145 Nous voyons bien qu ‘en goustant ce doulx miel, Ton œil de Foy reçoit du hault du Ciel Ceste douceur, sachant qu’elle en descend.
LE IL ANGE
Tout ce manger terrestre ne retarde Que le pain vif sans cesser ne regarde:
1150 Car autre pain ton cœur n’ayme ne sent.
LE III. ANGE
Ceste eau te plaist plus que nul vin ou moust, Car en esprit desja tu sents le goust De la divine et celeste fontaine.
MARIE. L'eau de Marah douce trouver je dois, j 1155 Car je congnois la grand vertu du bois:
Par qui elle est de douceur toute pleine,
LOT CIM
Comédies. 167 LE V. ANGE.
Dedens ces fleurs la beauté vois du beau,
L'odeur de luy conforte ton cerveau, Dont tu le loue en sa diversité.
LE VI. ANGE, 1160 Tu le vois seul soubz diverse figure L'estre et la vie à toute creature ; Tu le sçais mieux qu'il ne t'est recité.
MARIE. L'homme ne vit pas de pain seulement De la Parole escrite purement, 1165 De son Dieu peult sustenter corps et ame: - Le beau se voit en toutes les beautés, Et le puissant en toutes royautés :
Car Dieu seul est Tout, en tout homme et femme.
L’Estre et le Tout des pierres insénsibles, 1170 Le sentiment des animaux sensibles, D’arbres et fleurs l’estre et l'accroissement. De l’homme il est estre, vie et mouvoir, Sens et raison, volonté ef. povoir:
L'homme sans luy n’est rien entierement.
1175 Donc en mengeant et en beuvant ceste eau Je gouste et voy en tout l'homme Nouveau, Par qui le Pere à tous se communique.
O quel plaisir, de sçavoir que nostre Estre,
| Vie, et Povoir est Dieu seul: dont sa dextre + 1180 De faire tout en tous sçait la pratique!
Pere, j'ay pris ta benediction, Où j'ay trouvé tant de refection, Que grace en rends à ta grande abondance: Je ne te puys tes graces et biens rendre, 1185 Mais à ton Filz tant delicat et tendre En te louant vois offrir ma substance,
Marguerite de Navarre.