‹ Comédies romanesquesChapitre 113 sur 130 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Et s'il n'est plus chez nous seigneurs ni gentilshommes. C'est que c'est notre tour de l'être... et nous le sommes.

ETIENNE, avec ironie.

Quel titre avez-vous donc, Monsieur?

AUGUSTE

Je suis bourgeois.

Mon père était marchand de toile, et je lui dois De beaux biens au soleil, grâce auxquels je puis vivre Sans rien faire, n'ayant que la peine de suivre Ma fantaisie. Aussi ne suis-je point de ceux Qui faute de loisir pour être paresseux Comme moi, prétendraient régénérer le monde J J'ai pour ces troubles-fête une haine profonde, Une haine implacable et sans rémission,

A Pauline qui entre avec Lucy.

Aussi tenace en moi que l'admiration

Que j'ai pour vous, beauté rieuse et souveraine.

ETIENNE, se contenant avec peine.

Quoi, Monsieur, vous osez prononcer le mot haine Sur ceux qui vous ont fait ce que vous êtes.^

AUGUSTE

Oui !

Car si les rois s'en vont, c'est qu'ils avaient joui Assez longtemps. L'argent est la toute-puissance Aujourd'hui. C'est à lui qu'on doit obéissance. Pour moi, je m'en tiens là, sans remords ni souci,

Et suis aristocrate à ma faço:i.

ETIENNE, s'échauffant par d;grés.

Ainsi De tant d'âpres efforcs, de si rudes batailles , De ce rouge échafaud et de ces funérailles Qui des champs aux cités ont partout mis le deuil ! De ces morts glorieux, couchés dans le cercueil ; De leur âme qui fait avec le vent qui vibre, Palpiter au soleil nos drapeaux dans l'air libre ; De tous ces dévoûments et de tous ces courroux, Le but, c'était l'argenc, et l'héritier, c'est vous ! Vous, qui jetez l'insulte à l'œuvre de vos frères. Ou qui, la renversant de vos mains téméraires. Fort contre ceux-là seuls sans qui vous n'auriez rien, Volez sa part au peuple et lui dites : — <( C'est bien, Espoir, enthousiasme, héroïsme, tout s'use ; Mais soyez satisfaits, braves gens, je m'amuse! » — O sainte Egalité qui mêlais dans nos rangs Custine et Lafayette aux simples paysans. Et faisais de Marceau, de Kléber et de Hoche Les rivaux de ces preux sans peur et sans reproche ; Noble Fraternité qui ne mets dans les cœurs Qu'amour ec que respect pour tous ces grands vainqueurs Liberté qui nous dis à tous : — « Voilà leur route. Les larmes et le sang y coulent goutte à goutte ; La froidure ec la faim, l'exil et la prison. Enfin la mor: injuste en bornent l'horizon ;

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