ACTE. I, SCENE VIII
CLITIPHON, amenant Théophile sur le devant.
Deux mots : Mon ami, j'en suis fou.
Pour l'amour de ses yeux, j'irai je ne sais où Faire je ne sais quoi. — Trompez la vigilance De la duègne, attirez ses regards...
THEOPHILE
Mais...
CLITIPHON
Silence !
Pas de raisonnements, nous n'avons pas le temps. Faites que nous soyons tout seuls quelques instants, Que je puisse parler sans témoin, et lui dire Ce que j'ai dans le cœur de flamme et de délire ! Vous sauvâtes ma vie, ah ! sauvez mes amours ! Vous ferez plus pour moi que conserver mes jours. Plus que me donner gloire, honneur, puissance ou régne, Puisque je vous devrai mon bonheur !
THÉOPHILE, faisant la grimace.
Une duègne!
Diable, c'est dur!
CLITIPHON
Soyez généreux !
THEOPHILE
Mais comment.
Monsieur le huguenot farouche, un seul moment A-:-il pu disposer de votre destinée?
42 THEOPHILE
Et quelle est votre foi, que vous l'ayez donnée Si vite;'
CLITIPHON
Théophile, à demain les discours !
Soyez mon allié, prêtez-moi vos secours. Je l'aime, j'en suis fou! je veux, coûte que coûte. Lui découvrir mon cœur, et que le sien m'écoute, Plus tard je vous dirai tout ce que vous voudrez. Je vous le jure, oui, tout, plus tard vous le saurez. Aujourd'hui seulement, accordez-moi votre aide.
Allons ! il sera temps de vous porter remède Quand ce premier accès de fièvre aura passé. Mais en absurdité vous m'avez distancé.
Mon cher, car moi, qu'on dit être un peu fantastique, Je ne le fus jamais à ce point. — Ma critique N'empêche pas d'ailleurs que selon mon pouvoir Je n'agisse.
CLITIPHON
Merci !
THEOPHILE
Le beau vencz-y-voir, Une duègne! — Comptez que j'aurai ma revanche Un jour ou l'autre.