ACTE I, SCENE VIII
THÉOPHILE, suivant Cloris à gauche et s'eflbrçant de la regarder. Avec emphase.
Puissent le ciel tomber et les dieux me confondre,
Madame, si je perds auprès de la beauté
Un temps si précieux et qui m'est trop compté.
CLORIS, d'un ton précieux et s'enveloppant dans ses coiffes Je manière que Théophile ne voie pas son visage.
Une duègne, monsieur, ne saurait point entendre Un discours à la fois si léger et si tendre. Vous me flattez en vain sans savoir qui je suis, Je ne dois...
THÉOPHILE, même jeu.
Le bonheur, qu'avec vous je poursuis.
N'est point de ceux, madame, où les yeux seuls entraînent, Des plaisirs plus subtils à vos côtés m'enchaînent : Les charmes de l'esprit, le mystère agaçant De ces voiles jaloux; ce que le cœur pressent Et brûle d'entrevoir, cette grâce inconnue Qui se cache si mal sous tant de retenue...
CLORIS, mcmc jeu.
Assez, monsieur, assez.
THEOPHILE, même jeu.
Je vous baille ma foi Qu'il n'est pas d'amoureux plus sincère que moi,
46 THEOPHILE
A part, d'un ton goguenard.
Je ne mens point. — Voyez pourtant ce que peut faire L'amour de l'art !
CLORIS, riant.
A part.
Trompeur ! comme il saie contrefaire La passion!
HELENE, à Clitiphon qui lui parle bas.
Monsieur, si mon père rentrait, S'il entendait... peut-être il s'en étonnerait. Et serait bien en droit de se mettre en colère
CLITIPHON
Ma seule crainte ici serait de vous déplaire, Et mon seul châtiment un regard de courroux. Je n'ai de gratitude et d'amour que pour vous; Seule ici, vous pouvez me punir ou m' absoudre; Me donner vie ou mort; et s'il me faut résoudre A vous taire le cri de mon cœur enivré. Je vous dirai : Pourquoi m'avez-vous délivré ?
HÉLÈNE, cherchant quelque chose à répondre et ne le trouvant pas. Avec embarras.
Le jardin est tout proche, y voulez-vous descendre.^
CLITIPHON
Mais,., vous y viendrez?