ACTE II, SCENE IV. rtj
De moi, vous savez bien qu'il est fore amoureux,
Ec dois-je m'éconner de sa fureur jalouse,
S'il croit pouvoir compter qu'avant peu je l'épouser
CLITIPHON
Vous, l'épouser? grand Dieu!
HKLÈNE.
Je ne sais. Je le crains.
Quitte à mourir plus tard d'ennuis et de chagrins.
CLITXHHOK.
C'est impossible!
HELENt, soupirant.
Hélas ! je le voudrais.
CLITIPHON
Hélène, Le dégoût qu'il m'inspire a fait place à la haine. Lui, votre fiancé, votre époux, votre amant ! Celui que vous devrez aimer fidèlement, A qui vous donnerez, dans son aube irisée, Le trésor de votre âme et de votre pensée ! A qui vous direz tout, et que vous laisserez Plonger dans votre cœur ses regards enivrés ! Lui, votre seul amoiir, lui, votre unique rêve ! Celui que vous prendrez pour maître et pour élève Dans l'art, principe et lin de toute volupté. De s'aimer pour la vie e: pour l'éternité I
64 THEOPHILE
Vous, si belle, si tendre ! Enfant sereine et chaste.
Vierge au sourire calme, au cœur enthousiaste ,
Idéal, qu'en un jour de délire, à genoux,
Je n'avais pas conçu si charmant et si doux !
Vous à lui; vous la fleur, vous l'oiseau, vous l'aurore!
Vous qui pouvez donner le ciel, et plus encore
En donnant votre main. Hélène, vous à lui !
Oh! non, non! — De ces yeux où les larmes ont lui,
Quand j'étais en péril ce matin, et que voile
Ce soir, comme un nuage au-devant d'une étoile,
La secrète terreur d'un horrible avenir.
Regardez-moi ! — Laissez, sans plus les retenir,
Où va l'amour heureux, où vont les hirondelles.
Votre espoir et le mien voler à grands coups d'ailes.
HÉLÈNE
Que vous répondre? Hier j'en avais de l'ennui; Pourtant je m'y croyais résignée. Aujourd'hui Je me meurs d'y songer : je pleure sur moi-même^ J'en ai honte ! Et pourquoi?
CLITIPHON
Parce que je vous aime ! Parce que le rayon qui m'a transfiguré, L'écho qui dans mon âme a tout à coup vibré. Le souffle qui m'emporte et le feu qui m'embrase Ont éveillé cliez vous, chez toi, h même extase !