ACTE II, SCENE VIII
La quitter pour toujours, en pleurer, et l'écrire ! Et glisser dans sa main, sous les yeux paternels, Ce papier tout brûlant de serments solennels ! — Vous voulez donc pousser l'aventure à l'extrême }
CLITIPHON
Comment/^
THEOPHILE
Mon pauvre ami, vous vous trompez vous-même Si vous ne savez pas qu'on ne se dit adieu Que pour se retrouver plus sûrement.
CLITIPHON, avec emportement.
Mon Dieu !
C'est possible! — L'aimer, m'en faire aimer peut-être, Devenir son époux, son esclave et son maître, Nous en aller tous deux, m'enivrer des rayons De ses regards, du feu de sa lèvre...
THEOPHILE, lui coupant la parole et tendant la main.
"Voyons Ces vers.
CLITIPHON les tire à moitié de sa poche et les y remet.
Non. — Devant vous, j'en aurai trop grand'honte. Mais vous, dont on connaît la verve aimable et prompte. Vous, dont on sait par cœur tant d'impromptus heureux, Faites-les.
TH t'oPHILE.
Il faudrait que j'en fusse amoureux
THEOPHILE
Et que je la trouvasse autant que vous charmante. Or, pour écrire bien, il ne faut point qu'on mente, Mais qu'on aime. — Les vers les plus beaux sont naïfs. Vous la convaincrez mieux par quelques mots plaintifs,. Dits sans art. et montrant le désordre où vous êtes, Que moi, parlant avec des phrases toutes faites. — Ce qui, dans ce bas monde, est encor noble et grand Est ainsi : simple et vrai. — Ce qui n'est qu'apparent Nous laisse froids. — L'amour, comme la poésie, Touche bien plus avec toute sa frénésie, Que lorsqu'il se traduit en discours apprêté. D'ailleurs c'est vous parer d'un habit emprunté. Et...
CLITIPHON
L'argument est bon et le refus honnête. J'en conviens. — Toutefois, puisque j'ai dans la tête De lui donner des vers, vous étant avec moi, Votre gloire commande et vous fait une loi De ne me point laisser les lui donner indignes De moi, d'elle et de vous.
THEOPHILE
Oh ! les pièges insignes Pour prendre mon orgueil à la pipée !
CLITIPHON, d'un air désespéré.
Hélas !
31 vous êtes un aigle, insoucieux des Jacs,