‹ Comédies romanesquesChapitre 47 sur 130 · ACTE II, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VIII

Moi, je suis l'oiseleur confus, qui de la terre Le voie fuir, emportant dans le ciel solitaire Le fruit de son travail et son dernier espoir.

THÉOPHILE

Ah ! si vous me cassez sous le nez l'encensoir, En croyant n'en pas dire encore asçez, je cède. Mais dépêchons. — Comment faut-il que l'on vous aide r

CLITIPHON

Dictez et j'écrirai.

THÉOPHILE, se promenant de long en large. A part.

Des vers! j'en suis en train!

Quel métier ! quelle vie ! avoir le front serein Et le cœur déchiré par l'angoisse et le doutç !...

Haut.

Cloris ne revient pas... Etes-vous prêt?

CLITIPHON, assU, ses tablettes sur les genoux.

J'écoute.

THÉOPHILE, dictant.

Il continue à marcher, s'arrctant de temps à autre, et dit les premiers vers un peu lentement, mais les deux dernières strophes sans hésiter.

Hélène, en vain je tenterais D'oublier tes divins attraits, Je me mentirais à moi-même ; Jit je te jure en véricç,

8o THEOPHILE.

Par ta souveraine beauté,

Que c'est pour jamais que je t'aime.

Non, le trait dont tu m'as blessé, Dans mon cœur est trop enfoncé ; L'arracher m'ôterait la vie. • T'obéir est ma seule loi :

Si je dois mourir loin de toi, Qu'il soit fait selon ton envie !

Peut-être un éclair de courroux, Enflammant tes regards si doux, Va-t-il frapper mon espérance !

Mais, quel que soit son châtiment, Hélène, ton fidèle amant Chérira toujours sa souffrance.

THÉOPHILE, s'arrêtant devant Clitiphon.

En avez-vous assez?

CLITIPHON

Oui, merci.

THEOPHILE

Croyez-moi, Parlez tout simplement. La chose ira de soi. Tant d'esprit en amour n'est pas si nécessaire. Vous serez éloquent si vous êtes sincère. Le reste vient tout seul, vous le devinerez.

Page 1