SCENE I. los
Devant qui l'on se tait dés qu'il s'est prononcé, \'ous enfin, notre honneur, notre gloire...
LE RtCTKUR.
Ottilie, Tu te moques de moi, quelle est cette folie? Où prends-tu que je sois autre chose qu'un vieux Bonhomme peu méchant et jamais envieux?
Parce que j'ai vécu trente ans dans la poussière Des manuscrits, que j'ai recherché la lumière. Et qu'en sa bonté, Dieu m'en a fait voir un jour Le reflet, tu prétends qu'en grec comme en amour Je me connaisse et j'ose émettre ma pensée? Tu t'abuses, enfant ! Ma bouche s'est glacée. Quand j'étais encor jeune et qu'elle eût pu chanter Les divines chansons du cœur, à répéter Les mots vides et froids des vieilles langues mortes. Les hiéroglyphes saints des Thcbcs aux cent portes, Les papyrus trouvés dans les sépulcres sourds. Me sont plus familiers que tous ces frais discours, Et le poëte seul me fait comprendre l'âme, Lorsqu'en moi j'en oublie ou j'en souffle la flamme.
OTTILIE, avec vivacité.
Mais peut-on bien mentir ou se tromper ainsi? Quoi donc ! l'on n'a point d'âme et, quand je lis ceci. L'on pleure ! et lorsqu'un soir de Noël, dans la neige, On voit qu'une enflint meurt sans que rien la protège.
io6 LE RECTEUR BERTHOLDUS.
On la prend, on la garde, on l'élève chez soi, On la gâce bien plus qu'une fille de roi. On fait depuis cinq ans tout pour elle...
Petite, Tu vas déraisonner autant que Marguerite, Et si la chose sied à tes vingt ans fleuris, Par malheur, ton tuteur, avec ses cheveux gris, Sa longue pipe et son bonnet sur son front blême, N'est rien moins qu'un héros de roman, non pas même Un Faust dans sa tourelle attendant Méphisto.
OTTILTE.
Oh! riez... Ce beau fils, drapé dans son manteau,
Et traînant jusqu'à terre un superbe panache,
Ce cavalier parfait à la brune moustache.
Ce vrai prince charmant, ce séduisant vainqueur
Qui dompte d'un coup d'oeil et fait battre le cœur.
Qu'était-il tout à l'heure, et demain que sera-ce.^
L'avoûrai-je ? un détail seulement m'embarrasse,
Me gêne : ce démon, auquel je ne crois pas.
Je voudrais qu'à l'amour il eût cédé le pas.
Et que, pour rendre à Faust l'espoir et l'énergie,
Un baiser de Gretchen fût la seule magie.
Pour le coup, la critique esc neuve ! supprimer Méphisto, mais au nom de l'art c'est blasphémer,' Et...