‹ Comédies romanesquesChapitre 72 sur 130 · SCÈNE VIT · texte numérisé non relu

SCÈNE VIT

OTTILIE

11 sort sans m'ccouter, Sans que prière ou pleurs le puissent arrêter. Il me fuit !.. . Mais qu'a-t-il, mon Dieu ? — Sa voix si brève M'a fait froid, j'ai tremblé devant lui. — C'est un rêve' N'est-ce pas.^ que je vais oublier au réveil, Et comme chaque jour, dès que luit le soleil, Je vais revoir son bon sourire qui m'accueille. — Non ! il a dit : Je veux ! — Il faut donc que je veuille Aussi, moi? — C'est affreux! comment lui résister.^ Comment? Je ne le fis jamais. — Et le quitter!...

126 LE RECTEUR BERTHOLDUS.

O toi, qui fus ma vie ec qui me pris mon âme , Ami, pour ton enfant plus tendre qu'une femme,

Toi, qui m'es si cher et si doux, Viens, ne reste pas sourd à ma voix désolée, Et pour tout le bonheur dont tu m'avais comblée,

Que je te bénisse à genoux !

Les jours sont tôt passés qui nous donnent la joie. C'est l'éclair qui s'éteint, la vague qui se noie,

Le parfum au ciel emporté ; C'est la fleur qui se fane et l'oiseau qui succombe, Clarté, matin, printemps, hélas! tout ce qui tombe

Au gouffre de l'éternité.

Et, l'espace sans borne et le temps sans mesure, Et ma vie et mon cœur navré de ta blessure,

O mon pauvre amour alarmé !

Tout ploie et cède à la fatalité funeste, Tout me manque à la fois, mais qu'importe? s'il reste

Le souvenir d'avoir aimé!

Vainement aujourd'hui ta volonté m'exile.

Je puis partir, vois-tu : ta tendresse est l'asile

D'où rien ne saurait m'arracher.

C'est mon droit que j'affirme, et mon bien que je garde. Et, forte ainsi par toi, sans crainte je regarde

La bataille où je dois marcher.

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