‹ Comédies romanesquesChapitre 77 sur 130 · SCENE X. iji · texte numérisé non relu

SCENE X. iji

Enfant, non pas pour toi qu'attend le pays bleu, Qui t'en vas où Mignon rêvait d'aller.

OTTILI E, moinnint la chemin Je.

Ce feu

Qui fait étinceler d'étoiles l'âtre sombre,

Qui met des reflets d'or et de pourpre dans l'ombre,

Ec rapproche encor plus ses hôtes familiers

Lorsque le vent mugit dans les hauts escaliers

Et remplit la maison comme l'orgue à l'église ;

Ce feu qu'en attendant votre retour j'attise;

Où bouilloire et grillon, ces deux intimes voix

Du logis, font assaut et chantent à la fois ;

Ce feu brillant pour nous à chaque hiver morose

De tous les souvenirs émus dont se compose

Notre passé , mi-clos sous la cendre et vermeil.

Ce feu, je l'aimais mieux que tout ce grand soleil.

Songe aux golfes lointains de Naple ou de Palermc, Où, si blanche au milieu de cet azur sans terme, La voile, en plein éther, semble ouvrir un sillon ; Songe à Vénus, le soir, lui jetant son rayon ; Songe aux lacs frissonnants, où le ciel rit et tremble. Qu'en rêve, tant de fois, nous avons vus ensemble...

OTTILIE

Ensemble !

i}2 LE RECTEUR BERTHOLDUS.

Et surtout songe à ces rares cités, Venise douloureuse aux palais désertés, Vérone où Juliette aimait! Pise l'ancienne; Et plus haut, dans l'air libre et pur, l'étrange Sienne.

OTTILIE

Non, la demeure étroite, où les mains se touchaient, Où les regards en vain jamais ne se cherchaient, Où la voix résonnait au cœur comme à l'oreille ; Non, la demeure obscure, où toujours l'amour veille. Me plaisait mieux.

LE RECTEUR, à part, se promenant avec agitation.

L'amour ! ah ! ce mot m'a troublé Sur sa lèvre. Pourquoi m'en a-t-elle parlé?

OTTILIE

Car ici le bonheur était à ma portée, Et chaque jour plus cher à mon âme enchantée. Toujours égal, toujours serein, toujours béni. Je n'aurais jamais cru qu'il fut sitôt fini.

LE RECTEUR, s'arrêtant.

Heureuse! l'étais-tu vraiment.^

OTTILIE

Il le demande !

Il en doute !

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