SCENE X. i
Occilie !
OTTILIE
Ah ! ma fauce étaic grande.
Je n'osais pas, je vous le témoignais si peu... Mais je suis trop punie, oui, trop.
Mon Dieu! mon Dieu!
Mais par moi plus encor ta peine est ressentie : Que vais-je devenir quand tu seras partie?
OTTILIE, hcsitaiit et trcs-bas.
Par vous... Alors, pourquoi me laissez-vous partir?
LE RECTEUR, à rai-voix.
Pourquoi, pourquoi? — J'ai donc à ce point su mentir Qu'elle n'ait encor rien deviné? — Quel sourire Est le sien! — Il me parle... et que veut-il me dire, Si ce n'est pas déjà sa réponse ?...
OTTILIE, plus bas encore.
Oui, pourquoi Ne me gardez-vous pas toute à vous ?
Toute à moi !
Il vient s'agenouiller devant elle.
Je ne te comprends plus, enfant! ma pauvre tête
iJi LE RECTEUR BERTHOLDUS.
S'y perd. — Il n'est plus temps de braver la tempête. Vois : mes cheveux sont gris, et sur ton cou charmant Ta longue tresse d'or joue amoureusement. Ta jeunesse a la force et ta beauté la grâce. Une paix vient à ceux que ton regard embrasse, Et c'est comme un retour vers un espoir ancien. Il est vrai, mon cœur bat quand il est près du tien. La puissance d'aimer me fait sentir la vie. Et chaque mot de toi dans mon âme assouvie Doucement recueilli, longuement répété, Résonne, hymne divin à l'immortalité !
Sous tes regards voilés, où le feu couve encore. Je suis comme une neige aux rayons de l'aurore. Je me fonds en tendresse et te crie : — Oh ! pitié ! Car c'était de l'amour ec non de l'amitié !
Il se relève à demi. Elle le retient.
— Malheur ! elle sait tout, j'ai parlé ! — Quelle excuse
T'ofTrir.^ Je n'en ai pas. Je t'offense et m'abuse,
Quand malgré moi je rêve un avenir commun,
Où, tous les deux, toujours, nous ne ferions plus qu'un.
C'est mal, je le sais bienj d'unir dans ma pensée
A la fleur fraîche éclose une tige froissée,
Que déchire l'orage et réclame l'oubli ;
Et, livrant un secret si bien enseveli,
C'est mal de se trahir après la foi jurée.
Tu ne me réponds rien, ma mignonne adorée !
Oh ! je t'entends, merci ! tu voudrais m'épargn:r ;