‹ Comédies romanesquesChapitre 89 sur 130 · SCE^JE II. IS · texte numérisé non relu

SCE^JE II. IS

HARRY

Non, je te jure, Ne crois pas qu'à Tamour je fasse cecce injure. Non, mais mourir ensemble ec dans un même essor, Nous en aller là-haut porter notre trésor D'adoration sainte et de pures délices.

FLOREKCE.

Chut! j'en ai peur, des cieux.

HARRY

Peur de ces doux complices, Qui, prêtant chaque jour leur cadre à nos plaisirs. Nous comptent les instants de l'heure aux longs loisirs r* Mon ange, c'est un jeu pour que je te rassure. Et que fermant soudain d'un baiser ta blessure, O femme au cœur d'enfant qu'un souffle fait trembler , Comme s'il me fallait encor te consoler. Je te rappelle Dante et sa noble Françoise? Un sourire a passé dans tes yeux de turquoise. Tu vois bien que tu n'as plus de crainte, et que rien Ne peut entre nos mains briser notre lien. Oh ! ce soir, tous les deux, que la mort serait bonne, lit que la vie est belle où Dieu même pardonne !

FLORENCH. •

Tu dis vrai, le bonheur est une armure aussi. Un droit presque sacré; mais c'est là mon souci,

i6o LA BAG'UE.

Sais-je te le donner, Harry? — Je m'inquièce, Hélas! d'un son de voix, d"un mouvement de tête, Qui semblent déceler des regrets ou des vœux. — Pardon, je te fais mal, je le sens et m'en veux. Je ne puis autrement, Harry. Ton sacrifice Si généreux, si grand, et bien qu'il me remplisse De fierté, m'épouvante et m'écrase. Pour moi Tu renonces à tout; tu fermes devant toi La carrière d'honneur que t'ouvrait ta naissance, Tu végètes pour moi dans l'ombre et l'impuissance ; Et liant à ton sort mon avenir brisé, Soutenant de ta force un courage épuisé, Partageant le fardeau du remord qui me ronge. Avec moi tu descends dans l'abîme où je plonge, Et le jour peut venir où l'ennui t'en prendra...

HARRY, tristement.

Je t'aime et suis heureux, Florence, et ce sera Ma réponse.

FLORENCE

Ah ! pardon, Harry, te voilà triste.

Je suis folle, j'ai tort...

Oui, car l'amour existe, Et par lui nous vivons et nous bravons la mort ; Et, dans le moment même où l'angoisse nous mord.

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