SCENE II. i6i
Nous retrouvons par lui l'espoir impérissable.
Ecoute : le flot meurt en tombant sur le sable,
Et chacun de nos jours s'en va, pareil au flot.
Chant au commencement, sur la rive sanglot ;
Et nous, vers l'inconnu, plage vide et sonore,
Nous marchons lentement en hésitant encore.
O Florence ! l'amour est notre seule fin :
Dieu ne nous en a pas donné la soif, afin
De la tromper. La coupe est à notre portée
Où bouillonne toujours la liqueur enchantée ;
Ouvre les yeifx, étends la main et saisis-la.
Comment d'un mot m'as-tu grisé, si ce mot-là
N'éveillait pas en toi le même enthousiasme?
Va, tout ce qui n'est pas notre amour est marasme.
Et notre amour est tout, tient tout, possède tout,
Et, pour nous, seul subsiste et seul reste debout.
Et quand il serait vrai que l'avenir fût sombre.
Notre félicité rayonne à travers l'ombre.
Le charme est tout-puissant de ce qui va tomber :
C'est la branche aux fruits mûrs que son poids fait courber.
L'automne frissonnant dans sa robe irisée.
Le parfum plus subtil de la fleur écrasée.
Le vertige du ciel par le ciel enfanté,
La mort même, instrument divin de volupté !
FLORENCE
Harry, ta voix m'est chère et ta parole douce,
i6a LA BAGUE.
Cecce idéale paix, q.i'aveugle je repousse,
Elle esc là sur ton fronc^ darxS tes yeux, dans ton cœur.
C'est toi qui m'a versé l'enivrante liqueur,
Et c'est moi qui me trouble et moi qui déraisonne.
— Dieu ! qui donc a marché dans le jardin?
HARRY
Personne !
Quelque amoureux oiseau qui revient à son nid.
FLORENCi;.
Tu n'entends pas }
HARRY
Non, rien.
FLORENCE
Le ciel se rembrunit, On dirait qu'un orage est proche. Je suis lasse, Et je ne sais pourquoi cet air du soir me glace.
— Tiens, comme une nourrice endort son nourrisson. Et suspend sa frayeur aux vers de sa chanson, Pour chasser ce nuage et cette inquiétude.
Ce ver toujours rongeur de notre solitude, Harry, dis-moi tout bas un de ces chants heureux. Que peut seul inventer le pocce amoureux.
H ARR Y, diantant.
Quand au cœur brûlant de la rose Expire l'insecce écourdi ;