‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 111 sur 129 · APPAREILLAGE. !I · texte numérisé non relu

APPAREILLAGE. !I

ft Qa*y a-t-îl donc? demanda Kernok quand la manœuvre fut exécutée.

— C'est Lescoët qui nous rejoint y capitaine ; le ^ bateau qui le porte a manqué de se laisser abor* der, et nous l'eussions coulé comme une coquille de noix, si je n'avais fait venir son tribord , « répondit Zélî.

Le retardataire , qui était lestement sauté à bord , s'avança d'un air confus près de Kernok. I Pourquoi as-tu autant tardé ?

— Ma vieille mère vient de mourir ; j'ai voulu rester jusqu'au dernier moment pour lui fcroaer les yeux.

— Ah ! — dit Kernok ; puis , se tournant vers son second : — Faites régler le compte de ce bon fils, i

Et le second dit deux mots à l'oreille de Zéli, qui emmena Lescoët à l'avant du brick,

c Mon garçon , — lui dit-il alors en balançant une corde longue et mince , — nous avons un os à ronger ensemble.

— Je comprends , — dit Lescoët en pâlissant ; — et combien ?

— Une misère.

— Mais encore ? on aime à savoir.

— Tu verras ; on ne te fera tort de rien ; d'ailleurs, ta compteras.

— Je me vengerai.

— On dit toujours cela avant, et puis après, on n'y pense pas plus qu'à la brise de la veille. Allons, mon garçon , dépêchons ; car je vois le capitaine qui

s Impatlentef et 11 potn^ait vatAôlr me tàtte ^oùitr de la même sauce, s

Et on attacha Lescoët lor une échelle de hauban?, le« bras élevés, le dos nu jusqu'à la ceinture.

« Ou est prêt, « dit maître Zéli. Kemek fit un fi** gne^ la garcette siffla et retentit sur le doa de lie»* coct. Jusqu'au sixième coup il se comporta Uttt décemmetit ; ùû n'enteudalt qu'une espèce de gémissement sourd qui accompagnait chaque coup de corde. Mais au septième le courage l'aiiftndonna, et an fait il devait soUiïrir beaucoup, car chaque coup laissait sur son corps un sillon rouge qui devenait aussitôt bleu et blafard ; puis Tépiderme s'enleva , la chair était vive et saignante. Il paraît que la torture devint intolérable, puisqu'un état d'affaissement gé-* gérai remplaça l'irritation eonvulsive qui Jusque^'là avait soutenu LescO^t

• Il se trouve mal , « dit Zéli , la garcette levée.

Alors M. Durand , le canonnier^chirurgiefl^cbar-* pentier du bord, s'approcha, tâta le pouls du patient ; puis , grimaçant une espèce de moue , il leva les épaules et Ot uu mouvement significatif à maître Zéli.

La garcette joua de nouveau, mais le son qu'elle rendait n'était pluÉ see et éclatant comme lorsqu'elle retombait sur une peau lisse et polie , mais sourd et mat comme le bruit d'une corde qui frapperait une boue épaisse.

C'est qu'aussi le dos de Lescoët était à vif; la pemi tombait en lambeaux , à ce poiint que k maître met»

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tait sa main devant ses yeux pour ne pas être éclaboussé par le sang qui jaillissait à chaque coup.

t Et vingt , « dit-il avec un airde satisfaction mêlé de regret, comme une jeune fille qui donne à son amant le dernier des baisers qu'elle lui a promis.

Ou , si vous Taimcz mieux , comme un banquier qui compte sa deinière pile d*écus.

Toujours est-il qu'on emporta^Lescoct sans qu'il donnât aucun signe de vie.

a Maintenant , — dit Kernok ^ — un bon emplâtre de poudre à canon et de vinaigre sur ces égratignures, demain il n'y paraîtra plus, n Puis , s'adressant au maître timonier : « Coures une bonne bordée au sttd^ouest; si l'on signale une voile, venez m'a« vepfir. 1»

Et il descendit dans sa chambre pour rejoindre Mélle.

«M PLIK ET PLOK.

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