ORGIE
plie d*une liqaear glacëe ; ce sybarite enfin qni ne veut autour de lui que fleurs , parfums et pierreries, femmes jeunes et vives, musique mélodieuse et vins exquis. Non , sacrebleu ! mais ce plaisir robuste et carré, à l'œil de satyre, au rire de démon, qui hante les tavernes et les tripots , boit et s*enivre , mord et déchire , frappe et tue , puis se roule et se tord au milieu des débris d'un repas grossier, en poussant un éclat de rire qui ressemble au râlement d'un chacal.
Allez , allez , jouissez de la vie ; elle est courte , vous dis-jc. Donc on jouissait de la vie à bord de l'Épercier,
Il était nuit close : les fanaux qui garnissaient les bastingages répandaient une vive clarté sur le pont du navire , que Kernok avait fait garnir de tables pour fêter son heureuse capture.
Au repas succédait le divertissement. Le mousse Grain*dc»Sel , après s'être frotté de goudron de hi tête aux pieds, avait trouvé bon de se rouler dans un sac de plumes ; et, sorti de là, il ressemblait assez à un volatile à deux pieds et sans ailes.
Et quel plaisir de le voir gambader, tourner, sauter, danser, voltiger , enhardi par les applaudissements de l'équipage, et excité par les coups de corde que maître Zéli lui administrait de temps en temps pour entretenir sa souplesse.
Mais un drôle de corps, un plaisant, un Allemand, je crois , voulant rendre la fête complète , approcha une mèche enflammée, de l'aigrette d'étoupe qui se
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Uaifiaçait avec grâce sur le froat de Graiii*4e-Sel....
Puis le feu communiquapt de 1 étoupe aux cheveuXf des cheveux aux plumes, Tacrobate improvisé, le malheureux Grain<rde-Sel , absorba tant de calorique , que sa peau se feudit et craqua sous son enveloppe enflammée.
Pour le coup on riait aux larmes à bord de l'Epervier. Pourtant , comme le mousse poussait des cris affreux, une bonne àme, une âme compatissante, car il y en a partout , le prit et te jeta à la mer en disant : c Je vais Féteindre. «
lleureusement Grain-de-Sel nageait comme on saumon ; il se plut même à prolonger son bain, qui le rafraîchit beaucoup , se promena autour du brick comme un triton ou une naïade , à votre choix , puis y rentra par le sabord d'arcasse , en disant avec son stoïcisme accoutumé ; « J'aime bien mieux ça que d*être brîilc vif; mais je me suis tout de même joliment amusé, i
On entendit un coup de pistolet ; puis un cri perçant sortit de la chambre de Kernok , Zéli s'y précipita ; c'était un rien , une misère.
Figures-vous que Kernok, un peu échauffé par le grog, avait beaucoup vanté son adresse à Mélie. « Je te parie, — lui disait-il, — que d'un coup de pistolet je te fais sauter le couteau que tu tiens à la main. > Mélie ne doutait pas de l'habileté de son amant; mais, ne se souciant pas de l'épreuve, elle avait éludé la proposition.
ft Lâche , — lui avait crié Kernok : — eh bien !
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pour Rapprendre , je rais t'enlevrr ton verre ; et ce disant , il s'était armé d'un pistolet , et le verre de Mclie y brisé par la balle , avait volé en éclats.
Quand Zéli entra, Kernok, renversé en arrière, le pistolet encore à la main , riait de la frayeur de Mélie, qui, pâle et tremblante, s'était réfu(]iéc dans on coin de la chambre.
t Eh bien! Zéli, — dit le pirate, — eh bien! mon vieux loup de mer , tes demoiselles s'amusentelles bien là-haut?
— Je vous en réponds, capitaine ; mais ces dames attendent la surprise.
— La surprise? Ah! c'est vrai ; écoute... i
Et il dit deux mots à l'oreille de Zéll. Celui-ci recula d'un air étonné, ouvrant sa large bouche. s Gomment... vous voulez...?
— Certes , je le veux. \^'est-ce pas une surprise?...
— Et une fameuse, qui sera drôle encore... J'y vais, capitaine. «
Kernok monta bientôt sur le pont avec Mélle. A son aspect, ce furent de nouveaux cris de joie.
Hourra pour le capitaine Kernok, hourra pour sa femme, hourra pour VKjjprnrrU!
Une fusée partit du San-Pahln, qui était en panne à deux portées de fusil du brick. Elle décrivit sa courbe, et retomba en pluie de feu.
s Capitaine, voyeE donc cette fusée , — dit le lieutenant.
— Je sais ce que c'est, mon brave. Allons, allons,
Ui PLIK ET PLOK.
cnfaofs, faites circuler le rhum et le genièvre. Va verre à moi, un verre à ma femme ! v
Mciie voulut refuser ; mais comment résister à son doux ami?
c Vivent les camarades et les braves enfants du
capitaine de l'Epervierl — dit Kernok, après avoir bu.
— Hourra! v reprit Téquipage d'une voix forte et sonore.
L*orgie était alors à son comble. Les matelots s'étaient pris par la main et tournoyaient avec rapidité tout autour du pont, en chantant à tue-tête les refrains les plus obscènes et les plus crapuleux.
Bientôt maître Zéli accosta à bâbord , ramenant à bord du San^Pahlo les dix hommes que Kernok y avait laissés momentanément.
Il ne restait plus à bord du navire espagnol que son équipage, lié et garrotté sur le pont.
ft Tout est prêt, — dit Zéli ; — quand la seconde fusée partira, capitaine, c'est que la mèche aura atteint...
— C'est bien , — répondit Kernok en l'interrompant. — Enfants, je vous ai promis une surprise si vous vous conduisiez bien. Votre sagesse et votre modération ont dépassé mon attente ; vous allez en être récompensés. Vous voyea; ce trois-mâts espagnol, gréé et équipé comme il l'est, il vaut bien... trente mille piastres;... je le paie quarante mille, moi, enfants! je l'achète sur ma part de prise, afin d'avoir le plaisir d'offrir à l'équipage de YÉperrier
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un feu d artifice avec accompagnement de musique. Tenez, voici le signal. Allons, prenez vos places ! «
4!t tout Tcquipage, du moins ceux qui étaient en état de monter et de voir , se groupèrent dans les hunes et dans les haubans.
La seconde fusée étant sortie du San-Pablo, le feu commençait à s'y développer...
C'était la surprise que Kernok ménageait à son équipage ; il avait envoyé maître Zéli à bord du navire espagnol, pour retirer le peu de poudre qui pouvait y rester, et disposer des matières combustibles dans la cale et dans le faux-pont, puis garrotter le plus solidement possible les malheureux Espagnols, qui ne se doutaient encore de rien.
C'était donc le San-Pahlo qui brûlait ; la nuit était noire, l'air calme, la mer comme un miroir.
D'abord une fumée épaisse et bitumcuse sortit par les panneaux du navire avec une nuée d'étincelles.
Et un cri perçant... affreux... qui retentit au loin, s'élança de l'intérieur du San-Pablo ; car son équipage voyait à quel sort il était réservé.
c Voilà déjà la musique , — dit Kernok.
— Ils chantent diablement faux , 9 répondif Zéli.
Bientôt la fumée se colora davantage, devint d'un rouge vif, et fit enfin place à une colonne de flammes qui, s'élevant en tourbillonnant du grand panneau, projeta sur les eaux un long reflet couleur de sang.
ft Hourra!!! v cria l'équipage du brick.
Puis 4'incendie s'augmenta ; le feu , sortant des
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trois panneaux à la fols, se Joignit et 8*éteodit comme un vaste rideau enflammé, sut* lequel la mâture et les cordages du San-Pablo se dessinaient €n notr.
Alors aussi les cris des Espagnols gan*ottcs au milieu de cette fournaise ardente devinrent si atroces que les pirates , comme malgré eux , poussèrent des hurlements sauvages pour étouffer la Voix déchirante de ces malheureux.
L'incendie était alors dans toute sa force. Bientôt les flammes s'attachèrent au grécment et coururent le long de tous les cordages ; les mâts , n*étant plus soutenus par les haubans , craquèrent , et tombèrent sur le pont avec un fracas effroyable ; des manœuvres en feu peudaient de tous côtés , et cet immense foyer de lumière paraissait d'autant plus éclatant que la nuit était plus sombre.
Les Espagnols ne criaient plus. . .
Tout à coup la flamme , faisant une large trouée dans un des flancs du navire y et le grand mât s a<battaot du môme côté, le San^Pablo donna une forte bande , se pencha sur tribord , et l'eau entra en bouillonnant dans la cale.
Peu à peu le corps du navire s'abîma. Déjà il n'avait plus hors de l'eau que son mât d'artimon , seul reste debout , isolé sur l'eau, et qui flamboyait comme une torche funèbre..., puis le mdt disparut ; le mât de hune éleva encore un moment son brandon enflammé ; mais bientôt Tean frémit autour,
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et Ton lie vit plus qu une légère fumée rougeâtre, puis plus riciif.. rieiif.. que Timinensité,.. la nuit...
» Tiens ! déjà fini , — dit Kernok ; — le San-Pabto nous a volé notre argent.
— Vive le capitaine . Kernok , qui donne d'aussi belles fêtes à son équipage ! cria Zélî.
^- Hourra ! « répondit l'équipage.
Et les pirates , fatigués, se jetèrent sur le pont ; Kernok laissa lEpervier en panne jusqu'au point du jour , et fut goût'.^r quelques instants de repos avec cette satisfaction d'un homme opulent qui regagne sa chambre à coucher à la fin d'une fête somptueuse qu'il vient de donner.
Puis le pirate murmura en s' assoupissant i a Ils doivent éfre contents ; car j'ai fort bien fait les choses: un navire de 500 tonneaux et trois douzaines d'Espagnols ! c'est honnête ; il ne faut pourtant pas qu'ils s'y habituent; c'est bon de temps en temps , parce qu'après tout il faut bien rire un peu. «
iitt PLIK ET PLOK.