‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 128 sur 129 · LA MKSSE DES MORTS. • M · texte numérisé non relu

LA MKSSE DES MORTS. • M

late brodé de bleo, à la Manche coiffe, et les vieilles femmes avec leurs capes, qui les cachaient , et les liommes avec leur barrette noire, d*où s'échappaient de longs cheveux qui tombaient jusque sur leur large ceinture de cuir, où était passé un large couteau.

Tout cela se heurtait et devisait en attendant que les portes fussent ouvertes.

Bientôt arrivèrent Grain-de-Sel et maîti*e Durand. A leur aspect, toutes les têtes s'inclinèrent ; eux ne répondirent que par un salut protecteur à ces marques de déférence.

Enfin, la porte s'ouvrit ; chacun se rua, se heurta, se coudoya, et chacun fut casé.

Le soleil dardait joyeusement ses rayons dorés à travers les vitraux coloriés de la chapelle , et venait réfléchir leurs mille nuances sur le banc de chêne noir et poli , tout chargé de lourdes sculptures, sur le banc oii s'épanouissait Kemok aux jours solennels. Hélas! qu'il était bien! avec quello dignité calme il étalait son immense jabot et son hal>it marron ! Avec quelle adresse il dérobait sa chique à rœil du curé ! Avec quel air de componction il fermait les yeux , feignant de prier et de se recueillir, alors que le prône du prédicant l'affectait de la plus agréable somnolence.

Et il fallait que le souvenir de cette fîgure vénérable fût encore bien présent à la pensée de Grainde-Sel et de M. Durand ; car ils s'arrêtèrent immobiles devant le banc d'œnvre.

i64 * PLIK ET PLOK.

d Je crois toujours le voir, dit M. Durand. — Et moi aussi , » répondit Grain-de-Sel. Une rumeur sourde annonça l'arrivée de M. Kara* deuCf le desservant de la paroisse.

Il officia.

Après l'office, M. Karadeuc monta en chaire.

Alors les fidèles saisirent ce moment pour éternuer, se moucher, tousser, bâiller, soupirer, se tourner et se retourner.

Puis on fit silence,... mais un grand silence!

Le prédicateur s'avança sur le bord de sa tribune, y étala des mains osseuses et velues ; ses yeux brillaient sous ses épais sourcils roux , et sa bouche grimaçait un singulier sourire ;... puis il commença :

a Mes chers frères, apprehendi te ah extremis terrœ et a longinquis ejus vocàvi te; elegi te, et non abjeci te; ne timeas^ quia ego tecumsum.

Comme l'auditoire se composait de Bas-Bretons renforcés , cet exorde fit peu d'effet.

« Oui , mes frères, ce qui veut dire : Je t'ai pris par la main pour te ramener des extrémités de la terre ; je t'ai appelé des lieux les plus éloignés ; je t'ai choisi, et je ne t'ai pas rejeté ; ne crains rien, parce que je viens à toi.

« Or, mes frères, ces paroles peuvent s'appliquer au vertueux , au digne , au respectable vieillard que nous pleurons tous,... en un naot, à Barbe-Nicolas Kemok, ancien négociant. »

Ici M. Durand donne un premier coup de coude à Grain-de-Sel , qui , se prenant le nez enti-e 1p

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