‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 32 sur 129 · II. DCBRiuiL. — Et comment cela · texte numérisé non relu

II. DCBRiuiL. — Et comment cela

LK MARQUIS. — Je VOUS le répète , en devenant d^pnfé.

u. DUBRBViL. — Voilà quî va de plus fort en plus fort, c'est comme chez Nicolet, dit le proverbe... Gipliqnez-moi donc cela...

LK MARQUIS. — Le parti républicain menaçant les propriétaires, le gouvernement, défenseur naturel de l'ordre matériel établi , peut seul s'opposer à ses envahissements; or, pour que le gouvernement soit fort, il lui faut l'appui des grands propiétaires. Ici comme dans vos terres , vous disposez d'une immense clientèle , eh bien ! assurez-vous les voix de

cette clientèle, empéchez-la de nommer ainsi un membre de Textrême gauche , et vous rendrez déjà un très-grand service au gouvernement et à vousmême, en ruinant d'ailleurs une candidature qui aurait pu être hostile à vos intérêts et à ceux du pays. Comprenez-vous ?

M. DUBREuiL. — Nou , maîs c*est égal... Maintenant parlez-moi un peu du moyen d'augmenter ma fortune , c'est surtout ça qui me paraît louche.

LE MARQUIS. — Ëcoutcz-moi. Il est question d'un chemin de fer qui doit traverser le département du \ord , n'est-ce pas ? Il y a deux plans pour ce chemin : un des tracés passerait par les plateaux, l'autre par les vallées , et vos propriétés avoisinent , je crois , les vallées.

M. DUBREUIL. — Parblcu ! elles sont en pleines vallées. . . absolument en pleines vallées.

LE MARQUIS. — Eh bien!... une fois député, vous acquerrez de l'influence , vous pourrez faire donner la préférence au tracé des vallées , et par ce moyen vos propriétés doubleront, tripleront ainsi de valeur. Est-ce clair?

M. DUBREUIL. — Comme vous y allez... un chemin de fer? Peste! je crois bien, un chemin de fer. Vous n'y allez pas par quatre chemins, vous. Oh!!... pas par quatre chemins à propos des chemins de fer ! je ne l'ai pas cherché celui-là ; et de deux avec : 'les pères aux autres... Ah çà, qu'est-ce que j'ai donc aujourd'hui?

LK MARQiTis. — Il y a des jours comme cela.

LE LÉGISLATEUB. ISS

M. DUBRKuiL. — N'estHîe pas ? Mais assez d'esprit pour le quart d*heare. Ah çà ! pour en revenir à nos moutons , savez-vous qu'avec un chemin de fer qui les traverserait, mes revenus de la Morlière seraient plus que doublés ; car ce qui manque à cette terre , qui me rapporte pourtant 80,000 francs de rente en sacs , ce sont les débouchés , les communications ; puisque, comme je vous le disais , il n'y a pas d'année que je n'aie huit ou dix chevaux sur la paille à cause des chemins de traverse.

LK MARQUIS. — Vous le voyez maintenant, ces avantages ne valent-ils pas la peine de vous laisser élire?

M. ouBRBUiL. — Mais c'est que plus j'y songe, plus ça me frappe, ça m'étourdit; je crois rêver. Mais cette influence, comment l'aurai-je ? Etd*abord pour cette élection , comment ferai-je?

LE MARQUIS. — L'important est que vous vous décidiez à vous proposer comme candidat; alors je vous enverrai un certain M. Friquet, très-dégourdi, très-alerte, très-adroit, fort lancé dans le journalisme, et qui, pour conduire à bien une élection ministérielle, n'a pas son pareil ; confiez- vous à lui les yeux fermés ; maintenant voyez , décidez-vous ; un mot de votre part, et M. Friquet deviendra votre âme damnée , et je vous réponds du succès.

M. DUBREUiL. — Mais cette influence pour arriver au chemin de fer ?

LK MARQUIS. — Une fois député , vous verrez vos confrères, vous irez aux réunions où ils se trouvent,

aux ministères , aa châtean , dans le inonde &aÊn ; peu à peu vous vous ferez connaître , vos relations s'étendront. Votre nouvelle position vous met au niveau de tout et de tous, vous avez une très-belle fortune , eh bien ! vous ouvrez votre salon aux réunions politiques , ces réunions prennent nécessairement votre nom ; dès lors votre influence et celle de vos amis devenant considérables , vous n'avez plos qu'à demander pour obtenir.

M. DUBREUiL. — Tcucz. . . entre nous , mon cher ami f mon bon ami , je suis comme un homme à qui une tuile énorme vient de tomber sur la tête ; je n'oublierai jamais que c'est à vous que je dois cela. .. Je vais réfléchir.

LE MARQUIS. — Adieu ; écrivez-moi aussitôt que x'ous serez décidé. (Il sort.)

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