‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 34 sur 129 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. GODARD, candidat radical , avocat; Maim.\ik GODARD, acocate radicale,

M. GODARD, lisant un journal, — Comment!... mon confrère Raynal se retire, et propose à sa place

L£ LÉGISLATEUR. Ii7

aux électeurs Jérôme Dubrenil, comme candidat ministériel ! Qu est-ce que c'est que Jérôme Dubreuil? En vérité , ça sort de dessous terre. C'est sans doute quelque millionnaire ou quelque gros fabricant ; car je n*ai pas vu ce nom-là sur le rôle des avocats. Diable ! un millionnaire ! c'est une dangereuse concurrence, car mon élection était presque assurée contre Raynal , avocat comme moi ; je ne redoutais guère le candidat légitimiste , M. Tristan de Saint- Maur , ni cet original de M. Frédéric Melval , l'auteur de nombreux ouvrages moraux et poL'tiques, que personne n'a lus, bien entendu, et qui, sans désigner le parti auquel il appartient, avertit tout bonnement les électeurs quil est à nommer,,. C'est charmant ! ma parole d'honneur ! Ce monsieur annonce tout bonnement qu'il est à nommer ! Aussi je ne puis que rire de ses prétentions i mais il n'en est pas de même de celles de ce Dubreuil , s'il est millionnaire... Mais, bah! après tout^ qu'est-ce qui sait que M. Dubreuil existe ! au lieu que le nom de Godard est connu, très-connu, et cet imbécile troupeau ff électeurs doit être bien plus flatté de se voir représenté par un avocat renommé que par un millionnaire ou un carliste comme ce M. de Saint-Maur. D'aillenrs, le règne des millionnaires et des Vendéens est passé ; c'est au tour des avocats d'être millionnaires , s'ils le peuvent , ou au moins ministres , et ça se peut , puisque ça se voit Le courant des opinions démocratiques est évident, il y a de la chance. (Avec emphase.) On a beau vouloir arrêter

la démocratie par des digues, elle les renversera par son impulsion populaire. Le vent souMe de ce côtélà (il se calme) ; et , en me lançant en plein dans le parti radical , bien qu'il n ait pas la majorité aujour* d'hui J'agis comme ces gens d'instinct qni savent ache> ter à temps des marchandises sans beaucoup de valeur quand ils les achètent, mais qui doivent un jour en acquérir beaucoup. Somme toute, je ne crois pas faire, comme on dit, une mauvaise affaire, en me jetant à corps perdu dans la plus ^intente opposition.

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