‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 36 sur 129 · I.e LKIWSLATKUR · texte numérisé non relu

I.e LKIWSLATKUR

AI. GODARD. — Galme-toî, calme-toi donc ; car toi, iu es toujours emportée comme une soupe au laît.,, je ne perdais pas mon temps ; je réfléchissais en lisant ce journal , oiî je viens de voir le nom du nouveau candidat ministériel... Raynal se retire; c'est iin M. Jérôme Dubreuil qu'il présente à sa place , et je ne sais pas du tout ce que ce peut être que ce M. Dubreuil.

u.ADAME GODARD. — M. Jérônào Dubreuil ! mais rVst rhôtel qui fait le coin de la place !

M. GODARD. — Comment!

MADAME GODARD. — Oui , c*est le propriétaire du l)el hôtel de là-bas.

M. GODARD. — Tu le conuais ?

MADAME GODARD. — C'est-à-dirc que je suis passée cent fois devant son hôtel ; c'est une horreur !

u. GODARD. — Son hôtel ?

MADAME GODARD. — G'cst uue horreur de magnificence, au contraire , à ce qu'on en voit, du moins, par les fenêtres de la rue : des rideaux de damas , (les grands pots de porcelaine, des dorures, un luxe honteux , aflTreux , enûn ! tandis que des personnes comme nous sont logées à un troisième. Et sa femme donc, toujours à se dorloter en voiture ; pas du tout jolie d'ailleurs, toute pâle, toute maigre ; on la renverserait en soufflant dessus ! Je le déteste , ce petit monstre-là... Et c'est là le candidat ministériel!... Ah bien ! c'est du joli ! Vois-tu , Godard , tu ne mérites pas de t' appeler Godard si j'ai le crève-cœur de voir ce Dubreuil député à la place ! Oh ! si j'étais

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homme ! si j'étais homme ! comme je vous empêcherais ce gros imbécile de Dubreuil d'être nommé ! Et sa femme , donc ! Cette petite mijaurée , c'est à la souffleter, en pensant qu elle ne peut pas se contenter d'être femme d'un millionnaire, sans vouloir être la femme d'un député... l'intrigante!... Tiens, vois-tu, Godard, c'est révoltant... Encore une fois, tu ne seras qu'une poule mouillée si ces gens-là sont députés !

M. GODARD. — Gela t'est bien facile à dire , à toi ; tu crois qu'il n'y a qu'à vouloir.

MADAME GODARD. Oui... Oui... OUi... Ceot fois

oui. . . ce qu'on veut on le peut. Gomment , ça ne te fait pas bouillir le sang dans les veines , de voir un homme comme ce Dubreuil avoir un hôtel , des domestiques , des voitures , et par là-dessus peut-être venir souffler la députation?

M. GODARD. — Tu m'impaticutcs à la fin ; est-ce que si tout cela ne me choquait pas aussi , j'aurais abandonné ma clientèle pour être député? est-ce que je n'aimerais pas autant qu'un autre à avoir une bonne voiture, un bon hôtel, et tout ce qui s'ensnit? est-ce que quand je vois Bertuchon (de TGaest) ministre, ça ne m'indigne pas? Bertuchon (de l'Ouest) , avec qui j'ai dîné mille fois à vingt-deux sous , pendant que nous faisions notre droit. . . Bertuchon (de l'Ouest), avec qui j'ai partagé une petite chambre de la rue du faubourg Saint-Jacques !

MADAME GODARD. — Eh bien ! au moins Bertuchon

(de l'Ouest) a eu le bon sens d'arriver, de se caser, et maintenant il se moque de toi.

,.u. GODARD. — Il se moque de toi!... il se moque de moi!... Eh bien! moi, je me moquerai de lui à mon tour , si , une fois député , mon parti Tcmporte sur le sien et le renverse. Parbleu, je suis tout aussi ambitieux qu'un autre ; mais j*ai la sagesse de n'en rien laisser paraître et d'attendre. A quoi bon se presser, puisque je me suis dévoué au triomphe d'une cause qui n'est qu'en germe , et que la force irrésistible des choses doit développer peu à peu ? En agissant ainsi , j'ai l'air de me conduire avec le plus beau désintéressement du monde, puisqu'à cette heure mon parti ne dispose d'aucune place ni faveur; et puis, en un mot, je ne puis pas faire autrement; je me trouve trop avancé, trop compromis dans ma cause pour reculer. Ah ! si c'était à recommencer !... et encore, je ne sais pas... j'aurais peutêtre le présent , tandis que l'avenir nous appartient. MADAME GODARD. — L'avenir... l'avenir... c'est jo* liment creux , l'avenir ! mais enfîn , il faut bien s'en arranger, puisqu'on ne peut pas faire autrement, car le présent n'est pas grand' chose. As-tu assez plaidé, assez défendu de patriotes, et tout cela, comme on dit, pour le roi de Prusse. Pas un délit de presse, pas une émeute, pas une échauflburée, qu'on ne vienne à toi. Tu plaides , tu plaides. . . tu gagnes leurs causes ou tu les perds , qu'importe l ça ne te regarde pas, vu que ce n'est pas toi qui juges, n'estce pas?... mais enfin, au bout de tout cela, pour

tout salaire , on te donne du Cicéron par le visage, voilà tout ; et c'est de la monnaie de singe comme on dit.

M. GODARD. — Que faire, encore une fois? Je te le répète , je suis trop compromis pour changer : le parti est pauvre ; il ne peut pas payer en numéraire, mais il paye en réputation , il vous prône dans ses journaux; et puisqu'on ne peut pas avoir autre chose... il faut bien s'arranger de cela.

:\i.Ai>AMK GODARD. — Oui , mais tout cela ne t'avance guère ; car , après tout , ce n'est pas les dix ou douze mille francs que tu gagnes bon an, mal an, dans ta clientèle, qui peuvent nous mener loin. Puis, une fois député, la chambre va te faire perdre un temps! un temps!...

M. GODARD. — Alors, sois douc conséquente; tu m'as relancé jour et nuit , tu n'as pas eu de cesse que tu ne m'aies décidé ; et puis maintenant te voilà à le regretter. Parbleu , il est bien sur que si je n'avais pas l'espoir de voir un jour mon parti à la tête des affaires , et d'obtenir alors quelque bonne place inamovible , je ne me serais pas fourré là-dedans ; car je ne m'exagère rien en beau ; je sais bien que c'est un quine à la loterie. Nous pouvons avoir le dessus, comme aussi nous pouvons avoir le dessous.

MADAME GODARD. — Mais quaud je pense que ces Dubreuil peuvent pourtant venir renverser toat cela, je les abhorre, je les déteste ; et cette pécore de madame Dubreuil avec son petit air insolent î

M. GODARD. — Ah çà! voyons, il s'agit maintciianl

LE LEOISLATKUR. l'iH

de redoubler d'efforts ; car, avec TinflueDce que leur donne la fortune, ces gens-là vont temblement nous donner du fil à retordre.

MADAME GODARD. — Gomptc sur moî , Godard , je vais aller voir les femmes des électeurs les plus influents , et entre autres madame Jabulot , la femme de Tépicier. Si ça ne fait pas pitié !... la femme d'un avocat obligé d'aller solliciter la femme d'un épicier!... Enfin notre tour viendra, patience; mais il n*y a pas à hésiter , car ce lourdaud de Jabulot dispose au moins d'une trentaine de voix. J'avais déjà inventé mille histoires contre Raynal , il va falloir recommencer sur de nouveaux frais à propos des Dubreuil; mais c'est égal : Dieu merci, le courage et Timagination ne manqueront pas. Cette petite madame Dubreuil, voyez-vous ça! Ah ! je vais joliment l'arranger , et son imbécile de mari aussi.

M. GODARD. — Moi, de mon côté , je vais voir Dumont, le notaire ; il a aussi quelques voix à lui et j'y compte , il m'a donné sa parole à la dernière séance de notre loge de francs-maçons. . . Ah ! quel tracas ! quel tracas !

MADAAiK GODARD. — Ah bicn ! si tu te décourages déjà , si tu crois que ce sont les électeurs qui vont venir te chercher, tu es encore bon là, par exemple. M. GODARD. — Parbleu , je le sais bien , qu'ils ne inc viendront pas chercher ; ils font déjà assez les renchéris, et ce n'est qu'en allant soi-même se pro- |)oscr, les harceler, qu'on peut espérer d'être choisi.

(Ils sorlenl. )

\Ai COMÉDIES SOOIALkS.

'^*ptj'

E.B CHOEUB.

Législateur , titre souverain et majestueux ! Est-il un plus magnifique sacerdoce , une plus divine mission : aux hommes donner la loi?

Imposer des lois à tout un grand peuple , non par la force , mais par la seule autorité de rintelligence, du savoir et de la vertu !

Pouvoir écrire son mot, sa pensée, dans un de ces commandements qui résument les hautes méditations des élus, et qui sont religieusement obéis par la nation tout entière !

Faire enfin la loi ! la loi devant laquelle le roi luiraéme se découvre et s'incline , car il est le premier de ses sujets.

LE LEGISLATEUR. lar,

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