‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 41 sur 129 · FRIQUET, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

FRIQUET, FRÉDÉRIC

FRiQUET. — Bonjour, futur ministre, bonjour.

FRÉDÉRIC. — Ah ! mon Dieu , quelle ambition soudaine m'est venue. . . dans ton esprit ? ,

FRIQUET. — Ah ! si j'avais ton esprit, tes antécédents, ta position !... je le serais bientôt, moi^ ministre ! mais, hélas ! je crains bien , mon pauvre Fré-

déric , que tu ne saches pas employer à ta fortune politique tant de rares avantages , et que tu ne succombes faute de vouloir ou d'oser les mettre en œuvre. TienSf il y a le refrain d'une chanson stupide qui renferme pourtant une grande vérité... (Il chante,)

Ce n'est pas loat , mon cher, d'être bel homme ,

Il faut encore savoir s'en servir.

FRKDÉRIC. Toujours foU.

FRiQUET. — Moins que toi , qui veux perdre obstinément ta cause.

FRéoéRiG. — Non, mais sans croire ma cause perdue, quelquefois, je Tavoue, je doute de son succès...

FRiQUET. — Eh bien ! c'est justement pour cela que je viens te demander encore si tu consens, oui ou non, à suivre mes avis ? Le moment des élections approche ; crois-moi , ces démarches , que tu dédaignes , que tu repousses , sont indispensables ; sans elles tu ne réussiras pas. . .

FRÉDi^Ric. — Je ne pourrai jamais me résoudre à ces intrigues, je te l'ai dit.

FRIQUET, très-sérieux. — Ecoute-moi , Frédéric : nous avons été au collège ensemble , nous sommes amis d'enfance ; quoique bien insouciant , bien léger, ia grandeur de ton caractère m'a frappé ; j'admire ton talent, je t'aime, j'éprouve enfin pour toi un sentiment que je n'ai jamais ressenti pour personne ; pauvre, sans génie, mais non pas sans esprit et sans activité, je suis lancé très-avant dans le journalisme ^t dans le manège électoral ; mon influence, obscure

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peut-être , n est pas sans action. Je connais les électeurs puissants de ton arrondissement ; eh bien , si tu me secondes, je saurai te les ménager, te les assurer, j*en réponds. . . aussi écoute mes avis, croismoi.... D'ailleurs insisterais-je autant si je n'étais certain du succès?.... ne suis-^je pas venu de moimême mettre toute mon industrie, toute mon activité à tes ordres , pour te faire arriver à ton but ?

PRi^DKRic , lui serrant la main. — Ce pauvre Friquet ! ce^t vrai , et , bien que je ne puisse accepter tes services , je t'aurai toujours une véritable reconnaissance de me les avoir offerts.

FRiQL'ET. — Entre nous , ne me sois pas non plus trop reconnaissant : en te servant je me sers ; je n ai jamais douté qu'avec du métier, de l'audace, ou plutôt une noble conscience de ta valeur, les brillantes facultés que tu possèdes ne fissent de toi un homme d'Etat bientôt hors de ligne ; alors je me serais livré à ta fortune et ma position était assurée. Mais, entre nous, si tu persistes à n'oser rien tenter, à attendre qu'on vienne à toi , avec tout ton mérite , tous les avantages qui défraieraient la fortune politique de vingt autres... tu resteras là et tu verras des gens stupides, tarés ou médiocres, t'enlever ce que tu mérites.

KRi^DKRTC. — Cela peut être vrai, alors maconviction d'avoir mieux mérité de mon pays me consolera ; mais j'ai meilleur espoir dans l'instinct supérieur des masses.

KRioi'KT. — Tu te trompes , tu te trompes ! si lf»s5

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masses étaient abandonnées à elles-mâmes, peutêtre écoateraient-elles cet instinct ; mais on les capte, on les séduit , on les flatte ; ce que tu ne veux pas te résoudre à faire, d'autres le feront, et, je te le répète , tu seras méconnu ?

FR^OBRic. — Je serai donc méconnu.

FHiQUBT. — Chacun son goAt ; c'est le tien , soit , mais non le mien ; ta fortune est médiocre , maïs au moins tu peux vivre, ne rien faire, tu as le loisir de passer ta vie à demeurer méconnu ; tu peux braver élections et électeurs du fond de ta charmante retraite de Grangeneuve, que tu partages avec une femme adorable ; moi , je n'ai rien , ni fortune médiocre, ni femme adorable, ni charmante retraite; je vis de ma plume et de mon industrie politique ; avant tout il me faut du mouvement , de l'intrigue , de Tagitation ; je te l'ai dit, tout mon espoir est de servir assez à la fortune d'un homme d'État naissant, mais destiné par sa capacité à devenir indispensable au pays, de le servir assez , dis-je, pour devenir le lierre de ce chêne gouvernemental ; voilà de la poésie... j'espère ! Maintenant, oui ou non, veux-tu être mon châne ? veux-tu que je sois ton lierre ? veuxtu grandir, grandir, grandir ! en me laissant seulement te cultiver comme je l'entends ? Sois Farbre paissant et vigoureux , moi , je me contenterai de l'hamble rôle du jardinier... Encore de la poésie l

PRéDi^Ric. — Non, encore une fois, non, mon cher Priquet , un tel manège ne me saurait convenir ; je t'ai dit mes intentions, je te les répète. Par l'exemple

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de ma vie et de mes longs travaux , toujours dirigés vers le noble but que je poursuis depuis quinze ans, je crois pouvoir être utile à mon pays et mériter le choix des électeurs ; mais autant je serais fier d'obtenir ce choix par la seule influence de mon mérite > autant j'aurais honte de le mendier. La seule démarche que je me propose de taire est donc celleci : je ferai insérer ces mots dans les journaux de toute opinion : M. Frédéric Melcal, auteur des ouvrages de morale et de politique qui ont paru sous ce nom , se propose au choix des électeurs du *** arrondissement. Dans mes ouvrages on trouvera la preuve de ma capacité et l'expression de mes vues politiques ; dans ma vie entière, dans ma réputation d'honnête homme, les garanties de ma moralité. Qu'on lise mes livres, qu'on interroge donc mon existence privée , je ne redoute pas un tel examen , je le désire.

FRiQUKT. — Mais tu es fou... archi-fou... tu n'au> ras pas une seule voix. Avec ton mérite , ton rare et incontestable mérite , ta probité , ta conscience , tu te couvriras de ridicule...

FRénéRic. — Je crois que tu te trompes. Il y a dans tous les esprits , crois-moi , un sens droit qui , tôt ou tard , les ramène aux idées justes ; rintrîgoo électorale règne depuis trop longtemps pour que le jour de la justice et de l'indépendance ne soit pas enfin venu.

FRiQUET. — Tu t'abuses , te dis-je. . . tu t'abuses , et pour le plaisir de jouer à l'homme de Plutarqup ,

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tu jetteras à tes pieds ton avenir, la plas belle position peut-être qu'un homme ait jamais rêvée. . . Frédéric. . . Frédéric. . . crois-moi , mieux que toi je sais ce que tu es , ce que tu vaux ; mieux que toi je sais l'imposante autorité que te donnerait dans les assemblées un des plus généreux caractères, une des plus grandes, une des plus magnifiques intelligences dont se soit jamais honoré un pays. Frédéric... il en est temps encore... ne sacrifie pas un tel avenir, songe que, faute d'une culture grossière et matérielle, les plus belles fleurs s'étiolent et meurent sans porter (le fruits. . . Ne ris pas de ma seconde comparaison horticole , je te parle sérieusement.

KRÉDKRtc. — Mon pauvre ami, ton amitié t'abuse sur ma valeur ; mais, fût-elle ainsi que tu la rêves , jamais, pour arriver à un avenir, quelque glorieux qu'il fût , je ne me résignerais k une lâche condescendance. Que des hommes inconnus ou indignes des nobles fonctions que j'ambitionne se fassent prôner dans les carrefours, aillent mendier des suffrages, étaler de menteuses professions de foi , ils le peuvent , ils le doivent ; mais, encore une fois, mon passé répondra de l'avenir... j'attendrai...

KRiQURT. — Mais au moins mets une cocarde , rallie-toi à un parti, sois radical, ministériel ou légitimiste ; cela du moins pourra t'assnrer quelques voix.

KRÉDKRic. — Tu sais mes idées : je pense que, s'il pst dans chaque parti de nobles croyances, des vues généreuses, utiles, chaque parti, par cela même

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qu'il est un parti , est nécessairement sujet à de funestes exagérations. Je répudie donc tout système arrêté d'avance, parce que le secret de l'avenir n'appartient qu'à Dieu , et que l'aveuip peut et doit modifier ou changer dans sa marche tontes les convie-^ tions. L'humanité avance incessamment, tandis que les partis restent stalionnaires ou rétrogradent, parce qu'ils représentent des intérêts personnels et non pas des idées générales. En un mot, je ne veux m' enrôler sous aucun drapeau ; ce que je me propose, c'est de rester libre , de servir le pays dans toute occurrence... C'est donc aux gens sages, indépendants, éclairés, de me choisir si je leur parais digne de leurs suffrages.

FRiQUET. — C'est-à-dire que c'est fou,, positivement fou , outrageusement fou... Ainsi tu ne veux pas décidément que je voie pour foi les électeurs ? c'est ton dernier mot?

fRinÛKic. — C'est mon dernier mot.

FRiQiET. — Bien vrai... bien ton dernier mot?

PRéDéRic. — Tu sais que je n'en ai jamais eu qu'un.

FRIQUET. — Tu as raison , eh biep ! tu peux con«sidérer ta cause comme absolument perdue; c'est moi qui te le prédis. . .

FRÉDÉRIC. — Je ne le pense pas... mais, si cela est , je saurai me résigner.

FRIQUET. — Puisque rien au monde ne peut ébranler ton opiniâtreté, puisque tu refuses mes services, franchise pour franchise : je t'ai dit les nécessités de

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ma position... j'espère alors que tu ne trouveras pas mauvais que j'ofiï*e mon appui et mes conseils à un de tes rivaux en candidature.

FRÉDÉRIC. — Tu sens bien qu'en refusant tes services , je ne puis trouver mauvais que d'autres les acceptent ; mais , dis-moi , quel est ce compétiteur ? Pnis-je le connaître ?

PRiQUET. — Te souviens-tu d'avoir fait ta quatrième sous cet excellent M. Guillaume avec un cancre, un âne, un stupide, une buse, un lourdaud, un double crétin qui avait nom Jérôme Dnbreuil?

FRÉDÉRIC. — Mais sans doute, son père était fouruisseur; il lui a laissé d'immenses propriétés dans Qotre département ; la délicieuse valiée des Vignes , oîi est située ma maisonnette de Grangeneuve , est riveraine de ses bois. Mais quel rapport M. Dubreuil peut-il avoir avec cette élection ?

PRIQUET. — Mais un rapport tout naturel. 11 se propose comme candidat du ministère.

FRÉDÉRIC. — Dubreuil î

FRiQUET. — ^ Lui-même.

FRÉDÉRIC. — Dubreuil ! Dubreuil I

PRIQUET* — Oui , oui , cent fois oui^

FRÉDÉRIC. — Mais c'est impossible ! il était d'une stupidité révoltante, d'une ignorance amère, et il n'a jamais rien fait pour en sortir. . . Dans son département, et nous sommes voisins, te dis-je, il n'est bruit que de sa sottise, de son avarice; et, oMigré «on lu^e , il est d'une telle dureté pour ses fermiers, que sans «a femme^ aussi bonne que com-

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pâtissante , cet homme serait détesté dans le pays.

KRiQUET. — Eh bien ! c'est à Paris , dans ton arrondissementf qu'il se propose ; je te le dis franchement y puisque tu refuses mes services ^ c'est à son élection que je vais travailler.

KRéDÉRic. — Alloue donc ! tu ne parles pas sérieusement.

KRiQiiKT» lui donnant une lettre. — Lis cette lettre.

FRlcDÉRic, lisant. — Une lettre du marquis de Beauménil. Est-ce le pair le France y qu'on dit fort spirituel, mais aussi sceptique en politique quen amour?

KRigUET. — Justement; mais il s'est converti à Tamour du moins , et cette conversion est due , diton , à madame Dubreuil. Aussi le marquis m'a-t>il écrit, ainsi que tu vas le voir, au sujet de l'élection de Dubreuil.

FRÉDÉRIC. — Mais quel rapport encore peut avoir l'amour de M. de Beauménil pour madame Dubreuil avec l'élection de son mari ?

KRiguET. — Je te dirai cela quand je le saurai ; mais lis toujours.

FRÉDÉRIC lit. — a Mon chcr monsieur Friquet, je « sais toute votre activité, toute votre influence en « fait de décisions électorales. Un de mes meilleurs 1 amis, M. Dubreuil, se propose comme candidat y> du gouvernement; c'est un homme de principes » sages et conservateurs , un des plus grands prof prictaires de France, et disposant d'une nombreuse r clientèle : je le recommande à vos soins : jo vous

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I aurai donc uoe obligation toute particulière si vous

> réussissez à assurer son élection , et dans ce cas ,

> ma reconnaissance vous serait éternellement ac- » quise. t (A Friquet.) Et tu ne rougis pas de t'intéresser à un pareil homme ?

KRiQUET. — Que veux-tu ? c'est ta faute , tu m*y forces ; mais , une fois à l'œuvre , nous colorerons à ravir l'élection de M. Dubreuil.

FRi^DéRic. — Mais quel avantage peux-tu trouver à la favoriser? Que t'en adviendra-t-il s'il est nommé député, avec tes rêves de t'attacher à la fortune d'un homme politique éminent?

KRIQUET. — Il m'en adviendra beaucoup de choses : d'abord , comme il est riche , je lui fais acheter un journal politique que je dirigerai ; ce journal sera destiné à donner à Dubreuil une certaine influence relative^ non par ce qu'il y écrira, le pauvre homme, mais par ce que les autres y écriront. Ce n'est pas tout : comme il est riche, je lui fais fonder une réunion politique ; il donne de nombreux et excellents dîners aux députés de son parti. Il a un journal à sa dévotion, et, quoiqu'il soit bête comme un canard (non pas le journal, mais Dubreuil) , sa position se colore , se dessine ; on parle bientôt de la réunion Dubreuil,.. Mon influence s'accroît à l'aide du journal que je dirige , et pour moi c'est déjà un grand pas de fait.

KRÉDÉRic , souriant, — J'admire tes ressources... (on génie ! Vraiment, je ne pourrais t'offrir de tels avantages ; aussi je rends doublement grâce à mon

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Opiniâtreté , qui te fiiit trouver un tel Eldorado politique.

FftiQUBT. — Et crois-tu f malgré cela , que toute ma vie je ne me rappellerai pas Tavénlr que tu manques et que je manque par contre-coup, grâce à ton entêtement?... Je te parais roué, cifuique-, je le suis peut-être ; mais au fond , crois-tu que je ne sente pas combien ma position serait difîéreilte kl j* avais maixhé sous ton patronage , si j'avais pu te décider à prendre le rang qui t*est dû ? GrbiS-tu que je ne sache pas que ta noble influence eùi réagi sur mon existence fout entière peut-être ? Voué avec toi à la gétaéréuse mission que tu te serais imposée , j'aurais retrempé mes principes à cette source pure et généreuse : ma ligne eût été tout autre. En employant les ressources, les ruses, si tu veux, de mon esprit, pour assurer ton élection , je n'aurais pas à rougir de iha conduite ; car la fin justifie les moyens^ comme on dit. Si , à l'aide de menées souterraines , déloyales , qu'impoHe ! j'étais arrivé à te placer à la tête des aflaireS du pays , toi , si habile ^ si intègre , qui aurait osé se plaindre ? Et d'ailleurs, était-ce toi qui aurais à rougir de ctÈ manèges ? Non, c'est moi, moi ^eul, et encore le bien que j'aurais liait m'adhiit absous. . .

frTRÉDi^Ric. — Mon pauvre ami. . . qu'il y a de bons instincts dans ton cœur !

FRrQURT. — Oui, sans doute, il y en a de bons. Crois-tu -, par exemple , que je ne sache pas non plus ^u'eu travuiliaht à foire réussir cet imbécile de

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Dobreull , je me plonge dans une plate et misérable intrigue, sans portée, sans grandeur^ et que je n'agis si misérablement que pour tirer pied ou aile de cette élection? Mais que devenir dans ce monde de fer? Tu ne comprends pas cela , tu ne sais pas cela , toi , homme heureux , qui sais te faire heureux dans ta solitude , toi qui n'as pas à te coudoyer dans cette terrible ft)ule où l'on se heurte et où Ton s'étouffp pour arriver seulement à ne pas mourir de faim. Là, vois-tu, personne ne vous tend la main, au contraire... Et pourtant il faut se caser... il faut vivre... (Silence.) Oh! cette vie est souvent pénible, va... (Silence.) Aussi, Frédéric, au nom d'une ancienne amitié qui m'honore , qui est ma seule bonne qualité, ne refuse pas, écoute mes conseils ; mets-toi au* dessus d'une susceptibilité puérile, exagérée ; songe à ton père, songe au pays que tu prives ainsi de l'exemple, de l'appui de ton caractère^ de tes vues, de ton savoir ; et le tout pour laisser arriver à ta place \ qui ? un Dubreuil !. . .

FRÉDKRic. — Gela est vrai... Un tel choix serait une honte pour le pays.

FRiQUBT. — Eh bien ! il en est encore temps.

FRÉDÉRIC , après un silence. — Non , non , les honÉities assez aveugles, assez 'malheureux, pour me préférer Dubreuil , ne mériteraient que de la pitié ; je gémirais sur leur sort et je retournerais dans ma solitude avec ma femme ; au moins , j'aurais obéi aux vues de thon père, j'aurais offert à mon pays mon intelligence et ma vie ; il aura tout

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