‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 5 sur 129 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

M. DK CLKRVILLK , KPAMIXOXDAS.

Knlio KpaniinondaB : il a dîx-imit ans, maiti l'air encore forl écolier. M. de Clerulle s'assied gravement dans son fauteuil, cl regarde un instant son filB en silence.

M. DR CLERVILLE. — A quclle lieuro , monsieur , ôtes-vous rentré hier soir ?

KPAMiNOXDAS. — Je suis rentré en sortant de chez mon répétiteur de droit ; il devait être à peu près...

dix heures.

M. DE CLKRVILLK. — Vraiment... il devait être a peu prés dix heures... {Il le regarde fixement, ) Vous êtes bien sûr de cela ?

KPAMiNOMnAS. — Jc nc puis pas en être sftr à la minute , car je ne suis pas une horloge , non plus ! mais qu e8t*ce que tu as donc à me regarder comme ça? Je te dis qu'il était dix heures, c'est qu'il était dix heures...

LE JUGE. il

M. DK CLKRViLLB, éclatant, — Vous êtes un imposteur !... il était minuit , monsieur, minuit passé... Qa avez-voQs fait jusqu'à celte heure ? répondez !

KPAMiNONDAS. — Mais y puisquc je vous dis que je suis rentré à dix heures , en sortant de chez mon répétiteur de droit.

.11. DK CLERViLLE. — Je VOUS dis que vous mentez impudemment ; vous êtes rentré à minuit , monsieur, avec ce garnement de M. Simonneau , qui vous perdra.

Éi»AMi\oxDAS. — Simonneau n est pas un garnement , il a beaucoup de talent pour la peinture , sa famille est riche et. . .

M. DE CLERVILLE. — II ne s'agit pas de la famille de M. Simonneau , mais de vous , monsieur, qui vous permettez de rentrer à des heures indues , et de ce vaurien , qui vous encourage dans votre paresse et votre dissipation.

KPAMi\o\DAS. — Au contraire , il me donne de très-bons conseils.

M. DE CLERVILLE. — Oui... ils sout bcaux , ses conseils ! Je vous le répète , c'est lui qui vous met en tète mille balivernes.

ÉPAUiNONDAS. — Aussi , vous lui en voulez toujours , parce qu'il m'a mené une fois au manège avec lui.

if. DE CLERVILLE. — Aumauégc!... au manège!... et qu'alliez-vous faire an manège, monsieur? est-ce au manège que vous prendrez vos grades ?

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u. DB CLKRViLLK. — Certainement oui, ingrat! ingratissime !... N'avez-vous pas, grâce à moi, à mes travaux , à mes amis , un avenir magnifique , qui ferait Tenvie de tout autre ? Ne ponvez-vous pas arriver un jour à être juge , puis conseiller à une cour souveraine, avec 12,000 francs d'appointements inamovibles... traitement supérieur à celui d*un lieutenant-général , sur lequel vous avez même le pas dans les cérémonies, sans compter l'avantage de juger les autres , ce qui vous donne toujours une grande considération, un grand relief, et vous met à même de cultiver les belles connaissances qui viennent vous solliciter et que vous pouvez obliger ? Mais non , rien ne vous plait ; vous n'avez pas le moindre amour -propre, pas la moindre vanité: vraiment , quand on pense à cela , c'est à se désespérer pour votre avenir !

éPAMiNOND.is. — Ah ! oui , de l'amour-propre !... Ayez donc de l'amour-propre avec un bonnet carré, une bête de robe noire comme un professeur, et un rabat comme un prêtre.

M. DE CLER VILLE , ne poucatit croire ce qu'il entend» — Une bête de robe noire ! un rabat comme un prêtre !... Voilà autre chose maintenant, il est habillé comme un prêtre !

KPAMiNONDAS. — Ne pouvoir pas seulement porter des habits de coulenr claire.

M. DE GLERviLLB. — Allous... dcs coulcurs claircs à présent...

KPAMiNONDAS. — G'cst Vrai aussi , être toujours

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