SCèNE Ml
Le même s&lon.
Entrent CRINET et sa femme revenant de
la cour,
CRINET. — C'est une horreur... et cette imbécile
de Suzon qui se laisse reconnaître pour une femme.
MADAftfE CRINET. — Il fallait la voir se débattre au
miJieu de tous ces domestiques qui sont d'une insolence. . .
suzoïtf. — Tiens. . . est-ce que c*est ma faute à moi si vos habits sont trop étroits. . . si. . .
CRiKfH!^ furieux. — Taisez-vous, grosse bête
et allez-vous-en... (Sort Suzon.) Je les entends encore avec leurs quolibets quand nous sommes
montés en voiture. . . Ah! c'est une belle chose que la cour, le roi n a pas seulement eu plus Fair de me connaître. . . que s'il ne m'avait jamais vu. . . moi qui n'ai pourtant pas manqué une parade ou une revue, et qui ai trinqué avec lui au procès des ministres. . . C'est ragoûtant.
MADAME CRiXET. — Saus Compter que ça devient très-mêlé... j'y ai vu les Binard...
CRiNKT. — Et quelle dépense ! quinze francs de remise, cent trente francs pour ta toilette ; cette bête de Suzon qui s'estfaitdéchirerma redingote par derrière... C'est ruineux. Ah! si on m'y reprend... à ta bête de cour.
UADAM8 CRiXET. — Ma bêtc de cour... ma bête de cour... c'est bien plutôt la tienne...
MONSIEUR CRiNET. — La mienne... C'est ta coquetterie qui m'y a fait aller.
MADAME CRINET. — Ma coquettcrie... il y avait de quoi... et avec qui donc que j'aurais fait de la coquetterie. . . un tas d'insolents. . . Il y en avait surtout
un petit gros, tout brodé qui a dit en te voyant
danser et en ricanant... tiens, tiens. .. pigeon vole... u. GRixET. — Gomment ça, pigeon vole?
2i6 SCENES DIALOGUEES.
MADAUK CRixET. — Certainement M. Pigeon > la garde nationale. C'est un emblème...
M. CRIXET. — C'est une horreur ; on nous a fait venir là comme des baladins pour s'amuser de nous... c'est épouvantable... Ah! c'était bien la peine d'aller faire battre mes ouvriers pour ça, et de supporter les pertes que la révolution m'a fait éprouver.
MADAME CRIXET. — Tu n'os jamais content aussL.. n'es-tu pas garde national. . . toi qui as tant crié contre M. de Villèle parce qu'il t'avait supprimé?
CRIXET. — Ça c'est vrai , je suis gardfi national et juré dans les affaires politiques, c'est toujours très* flatteur; et après tout je méprise la cour, moi... Je suis plus que la cour... puisque c'est moi qui paye la cour. . . Que diable, j'ai mes droits politiques, moi. .. et avec ça on se moque de tout.
MADAME CRIXET, à part. — Ou plutôt OU so moque de vous (Haut.) Allons, viens te coucher, monsieur Crinet {Ils sortent)