LA HONJA. — LA NONNE
Ah ! ce cœur dans la tombe est deacendo vUaatt Et les aostérités de ce sombre coof eot D'un regret crimioel ne m'ont point présertée : En vain de pleurs amers je me sois abreuvée.
DRLram Uat. Madawte de la Và^ire.
Certes , si j'étais nonne et que j'eusse à choisir un couvent , je choisirais celui de Santa>Magdalena ; c'est un digne couvent triste et sombre, placé sur le bord de la mer , à sept lieues de Tarifa. Au nord , rOcéan , qui vient battre ses murailles ; au sud, des lagunes impraticables; à l'ouest, des rochers à pic; mais à l'est,... oh! à l'est, une belle prairie toute verte , traversée par un petit ruisseau qui fait mille détours et brille au soleil comme un long ruban irgonté ; sans compter les violettes et les clématites
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qui parfument ses bords ; sans compter les palmiers ans longues flèches et les amandiers qui Tombragent. Et puis , au milieu de la plaine , le charmant petit village de Pelleta , avec sor. haut clocher , grêle et élancé, ses maisons blanches et son bouquet d'orangers et de jasmin. Et puis encore à Thorizon les montagnes brunes de Médina , dont le versant est couvert d*ifs et d'oliviers. . .
Je vouslerépètet si j'étais nonne je ne choisirais pas d'autre couvent que le couvent de Santa-Magdalena.
Et les jours de fête donc ! on vient danser presque sous ses murs , et vous m'avouerez que pour une pauvre recluse c'est plaisir que d'entendre le roulement enivrant des castagnettes qui bruissent sous les doigts agiles des Andalous,.... et de voiries poses lentes et tranquilles du boléro ; le majo poursuivre sa maja, qui le fuit et l'évite ,... puis se rapproche et lui jette un bout de son écharpe qu'il baise avec transport, et dont il s'entoure d'une main, tandis que de l'autre il fait résonner ses castagnettes d'ivoire !
Agitez , agitez vos castagnettes , jeunes garçons , car la cachucha remplace le boléro. La cachucha ! voilà une vraie danse andalouse ! une danse bruyante et animée , preste et lascive. Allez,... allez,... liez un bras amoureux à la taille de votre maîtresse , et entraînez-la rapide et frémissante au bruit de l'instrument sonore. Allez,... son sein palpite, son œil brille, le vent soulève son épaisse chevelure noire, et effeuillé sa guirlande de fleurs ; puis vous murmurez à son oreille : « Mon amour,... qu'il me se-
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mi doux dp respirer ce soir prêt de toi Todeur dei am^odieni.,. Et elle s^est clanoéo plus vive, et son brfts vous a étreiot si fortement que vous aves senti son aœur bondir sous sa mantille.
Va, ne crains rien, bonne flUe, ta mère n'a rien entendu , et ce soir, après la prière, quand ton vieil aïeul t*aura baisée au front , tremblante , inquiète , tes petits pieds effleureront le gason , tu t'arrêteras vingt foiSf respirant à peine. Enfm, tu t'assoiras , palpitante , au pied de ce bel amandier en fleurs , dont les feuilles luisantes refléteront la douce clarté de la lune. Là , tout à coup , deui grands bras viendront t'enveloppcr. Eh! sainte Vierge! quel courage! brave fllle, tu n'auras pas peur !
Mais le son des castagnettes est moins éclatant, le soleil se couche , la cachucha tournoyante a cessé , les jeunes filles regagnent leur village , et rient , et chantent en an'ondissant derrière leurs oreilles les boucles soyeuses da leurs cheveux humides.
Maintenant ne direz«vous pas comme moi que c'est un digne couvent que le couvent de Santa- Magdalena ; car , enfin , figures-vous une paui're jeune fille enfermée là avec ses dix<*huit ans, sei yeux noirs , et son cœur espagnol qui bat sous son scapulaire.
D'abord, à matines, c'est une longue prière dans une église sombre et glacée ; et puis les vêpres , et puis la messe, et puis l'angélus , et puis le salut , et puis que sais«je, moi? Pour distraction, deux heures de promenade dans le jardin du vieux cloître. Vous
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savoK, un Jardin de clotlre ? d« gi«and« chéti«s noira et silencieux , un gason rai^e encadré dans des bof* dures de buia, et du soleil à midi : voilà tout.
Aussi avoues que loi*squ'un jour de fôte on a pu s'échapper un moment de réglise pour venir dans sa cellule , le cœur bat d'aise et de joie !
On entre, on ferme soigneusement sa porte, et Ton est chez soi. Chez soil comprenes-vous ce motf quatre murs nus , mais ils sont blancs ; un crucifix d'ébcnc au-dessus d'une petite table de noyer, mais olifl est couverte de fleurs ; une fenêtre grillée, mais elle donne sur la prairie verte ; un lit étroit et mince, mais on y rêve. Fraoohcment , avec toutes ces ricbesses et vos souvenirs de petite fille, envierieS'*vous le sort de la camorera mayor de la reine de toutes les Ëspagnes ?
Eh bien ! pourtant , une jeune fille est là , seule \ le crucifix, la petite table, la fenêtre, le lit, le par«' fum doux et faible , rien n'y manque : et elle ne re* garde ni la prairie , ni la danse , ni le soleil qui se conche ëtincelant.
Son front est caché dans ses mains , et des larmes roulent sur ses doigts déliés.
KUe lève la tête : c'était la Monja qui assistait à la course de taureaux.
Elle n'était plus brillante de satin et de piei*reries comme le jour où elle avait dit adieu au monde. Oh ! non I une large robe de bure ensevelissait sa jolie taille comme dans un bnceul , ses grands cheveux noirs étaient coupés et cachés par un liandeau de
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toile qoi dessinait Tovale de son front blanc et candide, et retombait de chaque côté de ses joues. Mais qu'elle était pâle , bon Dieu ! ses yeux bleus si doux et si purs sont entourés d*un léger cercle noirâtre , où des veines d*azur sillonnent cette peau délicate et rosée.
K Mon Dieu , pardon ! pardon ! « dit-elle, et elle se jeta à genoux sur la pierre.
Quelque temps après elle se releva les joues pourpres, les prunelles étincelantes :
c Fuis..., fuis*.., dangereux souvenir! — s*écriat-elleense précipitant à la fenêtre. — Oh ' deTair, de l'air, je brûle ! Oh ! je veux voir le soleil, les arbres, les montagnes , cette fête , ces danses. Oui , je veux voir cette fête, être absorbée tout entière par ce spectacle bruyant. Heureux!... heureux sont-ils! Bravo! jeune fille ; quelle légèreté ! quelle grâce ! que j'aime la couleur de ta basquine et les tresses de ton réseau ! Que j'aime cette fleur bleue dans tes cheveux blonds ! Mais tu te rapproches de ton danseur. . . Il est beau , ses yeux se fixent sur les tiens avec amour. Lui aussi avait un doux regard, mais... s
Et elle cacha sa tête dans ses mains, et elle se tut ; car son cœur battait d'une force à rompre sa poitrine. Puis, reprenant et parlant avec vitesse, comme si elle eût voulu échapper à un souvenir qui l'oppressait :
s Comme le soleil se couche radieux et brillant ! Jésus! quel beau nuage de pourpre aux reflets d'or! que sa forme est bizarre et changeante ! Tout à
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rheure c était une élégante tour mauresque aux mille créneaux , maintenant c est presque un globa de feu ; mais ses contours varient encore , ils se découpent plus arrêtés. Santa Carmen ! on dirait une figure humaine. Oui... , ce large front... et., cette bouche. . . Oh ! non. . . si. . . Jésus. . . il lui ressemble ! «
Et, haletante, elle était à genoux, les mains jointes, dans une sorte d'extase, devant cette image fantastique qui se voila de vapeur, s'effaça peu à peu, et disparut tout à fedt.
Quand elle ne vit plus rien qu'un horizon enflaouné, elle se releva dans un violent paroxisme , et se jeta sur son lit en gémissant.
c Lui. . . toujours lui. . . lui partout ! — 8'écria-t<« elle avec un geste de désespoir. — Horreur! quand je me prosterne devant ton image sacrée, ô Christ ! tes traits divins s'effacent. . . et c'est lui que je vois ! lui que j'adore !
— Si, muette et confuse, je veux écouter avec recueillement la supérieure faire une sainte lecture , eh bien , sa voix semble s'affaiblir et s'étemdre , et c'est lui que j'entends ; car le son harmonieux de ses paroles vibre toujours dans mon cœur.
— Horreur ! enfin , si je me traîne repentante au
tribunal de Dieu, là, c'est encore lui car mon
amour est lé seul crime dont je puisse m'accuser. « Elle se prit à pleurer.
K Un crime ! est-ce bien un crime ? 0 ma mère , si tu n'étais pas morte , tu serais là ; j'aurais ma tête sur tes genoux, toi,... ta main dans mes cheveux
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encore longi et bondés ; et tu m^apprendrais li e est no enme « car je te dirait tout.
>^ Vois-tu t ma mère , on m^avait atsnré que je devais être henrense au couvent , mais que pour cela il fallait quitter le monde ; j'ai dit oui, car alors je ne savais pas qu'un jour le monde... ce serait /ni. Kt pnii on m'a faite belle, on m'a parée comme une sainte, et on m'a menée à une fôte où un taureao a tné deui chrétiens ^ -^ m'a«*t«on dit , --- car je m'étais cachée dans le sein de la supérieure tout le temps de cet horrible spectacle. '
••-^Mais tout à coup un cri d'étonnement a retenti, et j'ai soulevé la tête : c'était... c'était lui. Oui» il a tiié sur moi un regard. . . qui me tuera ; et il m'a dit la première fois... Oh! je l'entends encore : Pour tOtts^ ienora , et en Thonnêttr de vos beaux yeux hleut comme Vatur du ciel. Puis , rapide , il s'est élancé,... et j'ai frémi malgré moi.
*-^ La seconde fois , il m'a dit avec la même voii , avec le même regard, en me souriant et me saluant de sa main droite : l'otir vous encore, senora, et eu l'honneur de cette bouche vermeille, purpurine comme le corail du Pervan*
— Et, avec intrépidité, il a attendu le monstre dont les cornes étaient teintes de sang humain , et il l's abattu à mes pieds.
— Moi, l'effroi m'avait saisie, j'ai jeté mes mains en avant , tant je craignais pour lui ; car il me semblait qne, s'il avait été blessé, je serais morte de it blessure. Alors, lui a pris ma main, oh! bien malgré
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mot, ma bonne mère;... et Fa baisée Là, oui^ c'est là... VoiSf... mes lèvres en ont rougi la place. «
Et ses yeox se fermèrent. Elle s'appoya sur son chc- TCt, et continna à voix hassa et en mots entrecoupés :
c Et peut-être tu me dirais , ma mère : — Ma Rosita, tu l'aimes donc bien? Allons^ vous seresflan-
eés, et Dien vous bénira. ^- Ob! oui... fiancés
Voilà mon fiancé; qu'il est beau!.... Des fleurs....*, partout des fleurs. . . Voici mes compagnes en longs voiles blancs,... le son grave de l'orgue... et la foule qui répète comme moi : — Qu'il est beau^ son fiancé!
— Ah ! voici le vieux prêtre ; sa main tremble en nous unissant : il est à moi I c'est mon époux ! c'est mon époux!... Oh! ma mère, reste... Tu me laisses?
— Ton époux est avec toi, mon ange ! — Ma mère ! ma bonne mère ! «
Heureuse fille , elle dormait. --- N'est-ce pas , je le répète, un digne couvent que le couvent de ^nta- *Magdalcna ?