CHAPITRE VIII
l.\ CHASSK DE SAINT JOSEPH.
Por medio?,.. no, senor...
Par^iMor?... non, seigneur!
Caldkron.
K lago ! lago ! — cria le capitaine de la Châsse de saint Joseph. — lago , mon second moi-même , fais mettre les canonniers à leurs pièces.
— Capitaine... je...
— Tu trembles, on dirait ?
— Non , capitaine , mais le levante m'a porté sur les nerfs.
— Par le Christ ! à la bonne heure. Que penserait-on si Ton voyait le lieutenant du navire que je commande trembler comme un goéland par un temps d'orage. Allons, canonniers, à vos pièces ; et vous autres, orientez grand'largue , prenons le vent de cette tartane , que Satan confonde ! et en passant à poupe , nous lui enverrons notre volée. Que Dieu me soit en aide, le levante mollit!... Ah! par la Vierge! ce sera une belle fête pour le peuple de Cadix que le jour où tu y entreras les fers aux
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pieds et auK maïai avec Ion équipage de di^mons ! Chien maudit! i disait Thonnete Massareo en montrant le poing à la tartane désemparée , silencieuse et sombre, qui se balançait au mouvement des flots.
K Oui, OUI, — reprit Massareo, — par saint Joseph, ruse de guerre ! tu ne bouges pas plus qu'une bouée , pour que je m'approche de toi à longueur de gaffe. . . Alors tu jetterais sur mon pauvre lougre une chemise soufrée qui le brûlerait jusqu'aux œuvres vives !... pu tù me jouerais quelque autre tour diabolique , mais ^otre-Dame protège le vieux Massareo. PÎu9 d'une fois il a dérobé de riches galions du Mexique aux griffes de ces damnés d'Anglais, qui en savaient pourtant long , sainte Vierge ! les hérétiques, — et il se signa. Pois, s'adressast au timonier : — Toi , viens an vent , lofe , lofl* donc , butor, et songe à virer de hoi*d. s
Le levante diminuait sensiblement, et on voyait, aux nuages qui s'avançaient rapidement de rhortzon et aux oscillations de la brise , qn elle tournait an s^d. Les étoilet se voilèrent, et la unit, d'abord fort claire , devint épaissie tnut à coup. La tarlaae était plongée dans l'obscurité ; seulement on point lununeux bnUait à son arrière , dans la direction do la chambre, mais on n'entendait pas le plus léger kruit k boi4« et personne ne paraissait sur le pont
Le capitaine du lougre garde-cÀte, ayant heureusement effectué son changement d'amures , revint «t taiasA p«fter sur la tartane jusqu'à demi«porl^ de pistolet. Là , il appela aon lieutenant lago } mais re-
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]|ii*<)t, croyant qu'il s agissait de commander h Uni y disparut avec la rapidité de réclair.
« lago ! — reprit-il encore.
--^ Sci(]neur capitaine , il est à fond dç cale par votre ordre , a-t-il dit , pour veiller au passage des poudres.
— Le misérable ! Par saint Jacques , qu on l'ap* porte mort ou vif sur le pont ; et toi, donne-moi moi) porte-voix de combat , Àlvarès, »
Alors le brave Massareo tourna vei*s le navire muet rénorme oriGce de Tinstrument , et lui cria ;
cHohé!... de la tartane!... hohcî... >
Puis il baissa le porte-voix, mit sa main en conquQ auprès de son oreille pour ne pas perdre un son , et écouta attentivement.
Rien... Profond silence...
» Hein? ^- dit-il au premier quartîer-matlre, qui était près de lui.
— ^ Je n al rien entendu du tout, seigneur capitaine, fi ce n'est une espèce de gémissement ; mais , par le ciel , ne vous y flcc pas ; parlez plutôt à bons coups de canon , ils entendront cette langue-lft , par saint Pierre ! car notre brave amiral Galledo , que Dieu tient sotts son bras droit , — il ôta son bonnet et reprit : -^ notre brave amiral disait touJoui*s que c'é* tait Ja langue universelle, et que...
— - Paix ! iàlvarès , paix ! tais-toi , vieux congre. Il m'a semblé voir quelque chose s« remuer sur le pont; ^^ Et de nouveau , embouchant l'immense porte-voix , il cria :
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— Ho hé!... de la tartane!... ho hé!... envoyei une embarcation à bord^ ou Ton va vous couler...
— Gomme des chiens maudits que vous ôtcs , — ajouta Alvarès.
— Te tairas-tu ; ils peuveift avoir parlé, et ta sotte langue , qui va aussi vite que le cri d'un cabestan , m*a empêché de rien entendre, — dit le capitaine en reprenant avec une volubilité colérique :
— Pour la troisième fois, ho hé! de la tartane!... répondez,... ou je fais feu. s
Cette fois on distingua un gémissement prolongé qui n'avait rien d'humain , et fit pâlir le capitaine Massareo sur son banc de quart.
c Capitaine , si vous m'en croyez , — dit Alvarès en se signant , — envoyons notre volée et virons de bord ; cai* je vois le feu Saint-Ëlme qui voltige à l'arrière , et , par la Vierge , il ne fait pas bon ici.
— C'est par trop fort! — s'écria Massereo. — Saint Paul , priez pour nous ! Allons , à la grâce de Dieu ! canonniers, à vos pièces ; armez vos batteries. Bien. Faites le signe de croix. Bien. Maintenant i feu ! . . . feu !.. . tribord. 9
La volée pai*tit, et sa lueur, éclairant un instant la tartane, projeta sur les eaux un vif reflet de lumière. Puis , quand la fumée blanchâtre de la poudre fut dissipée, on vit toujours le bâtiment, noir, silencieux, avec son point Ijimineux à l'arrière, obscurci de temps en temps par une ombre qui passait et repassait dans la chambre.
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c Eh bien ! Alvarès ? demanda Mâssareo , qui ne comprenait rien àTobstination du navire canonné.
— Seigneur, .fous les boulets ont porté en plein bois ; et ce maudit ne bouge pas. Pourtant il y a du monde à bord , j'en jurerais par mon chapelet.
— Le cas est épineux, — dit Mâssareo avec inquiétude ; — je vais faire courir une bordée au large , pendant que moi , toi , le canonnier Pérès et ce poltron d*Iago , qui est pourtant d'un assez bon conseil , nous délibérerons sur la marche qu'il faut suivre. >
On vira de bord en s'élevant à l'est ; on apporta lago. Les quatre membres de cette assemblée se réunirent , et la discussion fut ouverte.
Aucun plan n'avait encore été arrêté lorsque le prudent lago s'écria :
c Avec la protection de Notre-Dame , voici ce que je fais , moi : j'arme une chaloupe en gueiTe , je m'approche de la tartane maudite, et je m'en empare à l'abordage!... Hein! mes compares, qu'en ditesvous ? >
Ses compères avaient bien pensé à ce moyen , le seul qu'on pût raisonnablement employer ; mais aussi ses compères s'étaient abstenus d'en parler , sachant qoe celui qui indiquerait cette mesure serait naturellement chargé de l'exécuter. L'inconcevable témérité d'Iago les tirant d'embaiTas, il n'y eut qu'une voix pour louer et féliciter l'auteur de cet admirable plan de campagne , qui vit , mais trop tard , dans quelle position dangereuse il venait de se mettre.
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« Le ciel voUb a inspire , rcmercies-lc « lagô , — dit le capitaine.
— Frère lago , que tu e» heureux I — reprit Alvarèg en lui frappant amicalement sur l'épaule. — Par le Christ, c'est une belle occasion ponrtoide passer ofOcicn Qne ne suis*je à ta place! Quelle gloire tu vas recueillir eu exécutant ton andaeieuk projet I Prendre le maudit à l'abordage!!! On vendra ton portrait dans les mes de Cadlii , et Ton te chantera sur la place 8an-Antonioi Heureux mortel! — Kt il gagna l'escalier qui menait à la cale en sif* ilottant d'un air dégagé.
— Mais, — s'écria le malheureux lago, tretnblant et étourdi, — je n'ai pas dit que je.. «
— Vous aurei meilleure chance jiour abordrr le maudit en l'attaquant par tribord , mon ûls , -» lui dit gravement le canonnier Pérèi { -^ bas-bord porte malheur, et voici probablement ce qui arrivera : —
Vous approchez à une longueur d'embarcation ;
on tire sur vous. . . * C'est bien , mon compère. ^ Vous accostez;... on lance du haut des vergues une grappe de boulets qui coule votre chaloupe... C'est trés^bien , mon compère. — Aloi*s , avec l'agilitc que vous devex posséder, vous et votre monde, tàchei do vous attacher aux porte-*hauban8, aux échelles, et à tout ce qui est à votre portée... C'est parfait) mon compère. Mais en voici bien d'une autre , par tout les saints du paradis ! pendant que vous êtes cramponné au plat-bord, un panneau so démasque tout à coup , ot vous vous trouves nos k nés avec une dou*
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tAitiè de Iromblotis cvasér^ chargée jusqu & la gueule de btllrs , clous et lingots , qui , vous peûscE kica ^ font un feu d'cufcr et tuent les trois quarts de vos hommes au moins. — Alors , ceux qui restent , — s'il en reste , — grimpent lestement à l'abordage comme des chats sauvages , le poignard entre les dents et le pistolet au poing ; on se bat corps à corps, on tue^ on est tué;... mail oti a toujours eu de la gloire, et voilà. — Par les douleurs de Notre-Dame, qoe ne suis-je à votre place! Oh! oui^ que ne suis-jo À votre place^ mon Ois ! — répéta«t-il avec un bruyant soupir , mais en disparaissant néanmoins assez vite dans le faux-pont.
— Mais , sainte Vierge^ — s'écria lago, qui avait vingt fois tenté d'interrompre le canonnicr ^érès, — mail, par la couronne d'épines du Seigneur, J'ai donné ce conseil , ce n'est pas pour l'exécuter moimême ; et puisqu'ils envient ma place...
— \'on, lago, — reprit le brave Maiiarco, — ce lerait une injustice ; cette mission vous appartient de droit , et vous Taureri; Vous Taures , lago ! C'est aussi pousser la délicatesse trop loin.
— Vous avct semë , il est juste que vous recueil** liez , — dit Un autre.
— Sans doute , il faut beaucoup de courage , de sang-froid, d'agilité, ci de bonheur surtout, pour ifitittre fin à une entreprise aussi hi^sardeuse ; mais , avec l'aide de Dieu et de votre patron , lago , vous TOUS en tireres à votre honneur ; sinon , vous mourrcE de la moH des braves , ce qui n'est pas donné à
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tout le monde. Allez , mon fils , faites bien , Dieu et votre chef ont les yeux sur vous, — reprit le capitaine.
— Mais par tous les saints des chapelles de la cathédrale de Cadix , — cria lago , pâle de crainte et de colère > — je veux à Tinstant. . .
— Je ne puis que louer un tel empressement, lago. Je vais donc donner les ordres nécessaires pour faire armer la chaloupe en guerre. Rien ne vous manquera ; poignards , haches , piques d'abordage f espingoles , balles mâchées et non mâchées , petits paquets de mitraille. — Soyez ti*anquille , mon QIs , je veille sur vous avec la sollicitude d'un père. — Allons, allons, modérez cette ardeur, et, comme un véritable Espagnol, songez à Dieu, à votre roi et à votre dame , si vous en avez une. Pensez donc quelle sera sa joie quand elle vous verra revenir mourant , couvert de blessures , et que la foule criera en vous entourant : s C'est lui , c'est le vainqueur du Gitano ! c'est le brave lago ! « Ah ! mon fils , si ma position ne m'obligeait à rester à bord... mort de ma vie ! vous n'auriez pas eu cette mission. Non, par saint Jacques , vous ne l'auriez pas eue. >
Et il prenait le même chemin que les antres membres du conseil, lorsque lago le retint par le bras en s* écriant :
ft Non, capitaine, non ; j'aimerais mieux rester dans une église, ma toque sur la tète, ne pas m'agenouil- 1er devant le Saint-Sacrement, manquer à mon rosaire , que d'aller à bord de ce navire damné, de ce