LA CQASSE DE SAINT JOSEPH. 8U
navire où Satan tient sa cour ;^ et d'ailleurs , — reprit-il avec assurance , convaincu d'avoir trouvé un argument sans réplique , — d'ailleurs , ma religion me défend le contact des excommuniés et des apostats.
— Qui vous parle de cela , mon fils ? — dit le capitaine en se signant ; — je suis trop bon chrétien , je tiens trop au salut du corps et de l'âme de mes matelots pour les exposer ainsi.
— A la bonne heure, capitaine , c'est cela ; tenez surtout au salut du corps , entendez-vous ? du corps de vos marins , c'est l'important , — dit lago un peu rassuré.
— Mon fils , — reprit le capitaine , — vous ne m'aviez pas compris ; je suis loin d'exiger que vous étrangliez le mécréant de vos propres mains. Sainte Vierge ! non , sans doute , ce contact me fait frémir d'horreur ; mais la balle de votre mousquet ou la lame de votre poignard éviteront cette souillure à Vos mains toutes chrétiennes, i
lago, encore exaspéré par la déception qu'il éprouvait , s'écria : i Non , ni fer , ni plomb , ni moi , ne mettrons cet excommunié à mort! Je n'irai pas à bord , par les mille plaies de saint Julien , non , je n'irai pas ! — ajouta-t-il en frappant violemment du pied.
— lago, mon ami, — reprit froidement le capitaine, — j'ai droit de vie et de mort sur tout homme de mon équipage qui se révolte et refuse d'exécuter mes ordres. «
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Et ce dilttUl) Il liii ijit)Ufl>a deilt pisfolëti i]ll'il AVttit dépoiéi sur le càbeâtti).
Dans cette effVttyàUte altefitallve, lAgo p^téH l'abordage f et deicendit datii Ift ehalottpe qui Y Ai* tendait avec la morne résignation d'un homme que l'on mène à Id mort.
Ko s'éloignant du loogre /le riialheureux lagO , se imppelant les avis et les prédictions du canotmler ^ que la pem* avait gravés dans SU tête , s'attettctAit à chaque moment à une subite décharge de illoUsqueterie. Il accosta pourtant le long de la tartane sans qu'un seul coup de feu partît de celle-ci* Aloi'S « jd^ tant son amarre , il recommanda son Âme à Dieu ; car, d'après les renseiguements topogràphiques et précis du canonuier ^ c'était à ce moment que les larges gueules des tremblons devaient faire ùn/eu d'enfer.
Il attendit donc ^ baisa son chapelet en s'écriant i « A genoux ^ mes frères ^ nous sommes morts ! s
Les dix hommes qui raceompagnicnt « proGtant à tout hasard de cet avertissement^ se jetèrent dans le fond de la chaloupe.
Silence^ le même silence. On n'entendit ^ on ne vil rien..... que la lumière qui brillait toujours dans la chambre ^ et qui ^ de temps en temps était obscurcie par une ombre qui la cachait en passant.
lago f un peu rassuré , se hasarda à lever la tétc , puis la baissa vite à un craquement de la tartane , puis la releva encore , et n'aperçut ni tremblons ni panneaux.
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(jomme Hen ne donne mïaût d'usurance ^u*un daogcr passé ou évité , lago se redresia gaiti d'une ardear martiale , et grimpa à bord , suivi do les dix hommes, que son exemple cicctrisait. Arrivés sur lo pont , ils ne trouvèrent que des débris , des manœuvres brisées par le vent , un désordre enfin qui an* nonçait que ce. navire avait cruellement souffert du levante. Mais tout à coup on entendit un bruit désordonné dans le faux-pont.
Les dix matelots et le second de la Châsse de saint Joseph se regardèrent en pâlissant ; pourtant ils crièrent d'une voix un peu chevrotante, il est vrai . « Vive le roi I En avant la Châsse de saint Joseph et le brave lago ! «
Or, les compagnons d'armes du bravo lago , qui étaient sur ses talons , pressés les uns contre les autres, entendant ce tapage imprévu, se rapprochèrent si brusquement de lui que le malheureux héros fut poussé dans le grand panneau qui était à ses pieds , et disparut.
Ses matelots, prenant cette chuté poui* une prouva de dévouement et d'intrépidité, suivirent oe nouveau Gurtius aux cris de vive lago ! et sautèrent dans le faux-pont comme les moutons de Panurge.
lago s'était relevé promptemènt , et , profitant de Terreur de ses marins , il leur dit à vdix basse :
« Mes fils , le courage et le sang'^froid ne sont rien : vous avoE tous vu qu'au risque de tomber sur des miiliora de piques ou de sabres , je me suis pré«
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cipité aveuglément dans le faux-pont. . . c est de Taudace t Toilà tout.
— Vive notre brave lago ! ^— répétèrent les matelots.
— Taisez-vous, au nom du ciel, taisez-vous, mes fils ; vous poussez des cris à eiTaroucher les mouettes. Gardez vos vive lagof pour plus tard. Vous crierez cela sur la place San-Antonio. Ce sera d*un bon efîet ; mais avisons au moyen de forcer ce repaire de démons. «
Et il montrait la grande chambre dans laquelle on faisait toujours un bruit infernal. Tout à coup, frappé d'une idée subite, il s'écria : k Mes amis, armez vos carabines. . . Feu sur cette cloison ! s
Ce qui avait surtout décidé lago à prendre ce parti, c'est que dans cette manœuvre il se trouvait nécessairement posté derrière sa troupe, et par conséquent à l'abri du premier choc de la sortie que pouvaient tenter les assiégés, k Feu ! et que Dieu nous aide , > répéta-t-il en poussant son peloton devant lui. On fit feu.
A une distance aussi rapprochée , les balles arrivant en masse sur la cloison , la défoncèrent en partie, et, avant que les matelots eussent rechargé leurs armes, une masse effroyable les culbuta et roula sur eux en poussant d'horribles mugissements.
K Méfiez-vous, — criait lago, qui tenait un de ses braves par le milieu du corps , et promenait çà et là devant lui celte espèce de bouclier vivant. — Méfiez-