‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 8 sur 129 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

liPAMIXONDAS , FANNY.

La scène se passe chei Epaminondas de Clerville ; il a lreote-deux*aos, il est procmear du roi. A l'étourderie de la première jeunesse succède l'air fat et rengorgé ; la gravité roide de sa profession loi donue habituellement nn air faux, impertinent et guindé. Sa chambre àcoa~ cher est meublée d'acajou. Pendules et vases d'albâtre remplis de fleurs artificielles. Dans les cadres, on voit nue Léda et uoe Danaé. Sur une console , une Vénus Callipy ge en plâtre et plusieurs charges de Dantan. Il est dix heures du matin. Epaminondas , vêtu d'une robe de chambre à ramages , ayant dépouillé la morgue magistrale , est gracieusement assis par terre sur un coussin , aux pieds d'une as« ses jolie fille de vingt ans , mademoiselle Fanny Letoup , figurante d'un petit théâtre ; elle est brune, vive et rieuse.

l'.A.v.w, après un moment de silence, et promenant

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une main un peu grosse et un peu rottge dans les cheveux blond-' ardent d'Epaminondas. — Mon Dieu ! mon Dieu ! que je ris donc quelquefois toute seule , quand je pense que tu es comme qui dirait un juge î

lîpAMiNGNDAS. — Gomment ?

FAXNV. — Oui, enfin, que tu es là en robe noire et en bonnet carré pour faire d'une grosse voix de la morale aux autres.

i^PAMiNOXDAS. — D'abord, ma charmante, je ne prends pas une grosse voix pour cela ; mais qu'estce qu'il y a d'extraordinaire à ce que je parle au nom de la morale ?

FANNV. — Rien si tu veux ; mais moi je trouve ça drôle.

J^.rAMmo.VDAS , avec une nuance d'impatience. — Moi... je ne trouve pas...

FANXY. — Si enfin, c'est toujours drôle, que toi, un vrai farceur quand nous sommes ensemble , un chdri qui, quand il veut, singe Arnal à crever de rire, tu ailles tous les matins à onze heures précises prendre un air grognon pour faire de la morale aux autres , et leur reprocher, par exemple, des farces comme celles que tu as faites cent fois avec ce grand scélérat de Simonneau quand tu étais étudiant en droit!

lîpAMr.voNDAS , se contenant encore, — D'abord, ma charmante, si j*ai fait ce que vous appelez assez vulgairement des farces , ça été tout au plus et absolument dans la vie intime ; et quant à mes fonctions publiques , une fois pour toutes , rappelez-vous qno

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je ne fais pas de morale en mon nom , mais y ce qui est, pardieu! bien différent, au nom de la société. Car c*est comme son organe que j'appelle la vindicte des lois sur ceux qui troublent Tordre et le repos public.

FAN.vY. — C'est possible... c'est peut-être dans la nature que ça soit comme ça ; mais tu ne peux pas empêcher que je trouve ça drôle , n'est-ce pas ?

ÉPAMiNONDAS , se levant avec dépit — Enfin cela est ainsi ; on est homme après tout , et on ne peut pas non plus se faire trappiste parce qu'on est dans la magistrature.

FANNY. — Trappiste!... moi, je voudrais te voir trappiste!... Ah! par exemple, ce pauvre chéri! trappiste ! le plus souvent. . . Les trappistes , ce sont des curés qui ne mangent que des carottes par punition de leurs fredaines, n'est-ce pas? et qui disent toujours : Bière , il faut nourrir ^ comme emblème que les hommes finissent toujours par aller dans la bière , n'est-ce pas ? Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! c'est ça qui doit être triste à la longue !

i^^PAMiNONDAS , avec mépris. — Ce que vous dites là est absurde et bête à faire pitié.

FAXNV. — Écoute donc , moi , je ne suis pas une savante non plus ; je répète ce qu'on m'a dit.

l^PAMi^ONDAS, levant les épaules. — Et vous répétez de jolies choses. . . Mais voilà dix heures , il faut que j'aille au Palais. Prenez votre manteau, baissez bien votre voile , et passez vite devant la loge du portier.

FANXY. — Tu me renvoies déjà? Mais au fait tu

as raison, c'est ton henre. (L'embrassant malgré lui, ) Allons, allons, allez faire jugette , mon chéri; allez mettre votre robe noire et votre bonnet carré. Ah ! mon Dieu , que nous avons donc ri avec ce grand scélérat de Simonneau, quand pour la première fois noQs f avons vu déguisé comme ça ! Et ce monstre de Simonneau qui, au fond de la salle, te faisait des grimaces pour te faire rire ! Mais toi ! ah bien, oui ! fier comme Artaban, tu regardais en l'air... sans cela je suis sûre qoe tu n'aurais pas pu y tenir. Ah ! mon Dieu ! que tu étais donc drôle !

ÉPAHiNONDAS , €71 colèrc, — J'étais drôle. . . j'étais drôle ! vous n'avez que ce mot-là à la bouche. . . Eh bien après ?

PANNY. — Allons , allons , ne vas-tu pas te fâcher maintenant et me brutaliser?

ÉPAUINONDAS. — Non , jc uc mc fâche pas , mais c'est qu'aussi vous êtes toujours à mc parler de cela, à me dire que je suis juge , que j'ai une robe noire ; je le sais bien , ce n'est pas la peine de me le répé^ter sans cesse , car à la lin c'est insupportable , et il est des convenances qu'on doit respecter !

FANNY. — Ah ! par exemple ! voyez-vous ça , des convenances ! Ne vas-tu pas me faire aussi de la morale, à moi ?

«{PAMINONDAS. — Je uc VOUS ferai pas de morale, mais je vous dirai une bonne fois pour toutes que, poisqne j'ai pu m'oublier assez pour faire connaissance avec vous , et continuer cette liaison par des

relationf coupables, il est de votre intérêt de ne pas me devenir insupportable, parce que. . .

FANNY. — Parce que ?

ÉPAMiNO^îDiis. — Parce que je vous prierais de ne jamais remettre les pieds cbez moi.

PANNY. — Ah! c'est une scène!... Bon, nous allons joliment rire... car tu vas être à croquer, tu vas ressembler comme deux gouttes d*eau à Amal dans l'Humoriste. Va... va... je fécoute... {Elle s'asseoit ) Me voilà aux premières , va maintenant, mon chéri.

KPAMiNONDAS. — Nous n'allous pas rire du tout, et je vous prierai de choisir ailleura vos comparaisons. Mais , puisque vous m*écoutez , apprenez que si un jeune homme a des faiblesses , il faut au moins qu il ait le tact d'en choisir les objets dans une classe dont il ne puisse pas rougir!

FANXY. — Dans la classe des femmes mariées, n'est-ce pas? c'est plus moral...

KPAMIXONDAS. VoUS ÔtCS UnC SOttC.

FA \\Y. — Et VOUS un sot ! Tiens , voyez donc, après tout , qu'avez-vous à me reprocher ? Je suis figurante aux Variétés , c'est vrai ; mais le peu que j'y gagne me suffit , car un serin n'aurait pas de quoi se soutenir avec ce que vous me donnez, vu que vous ne me donnez rien du tout. Quant à ça , ce n'est pas un reproche, car vous êtes un amant de cœur ; mais ce n'est pas une raison pour me traiter... comme vous me traitez. . . Et puis vous ne voulez jamais sortir avec moi ! Depuis que nous sommes ensemble

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VOUS ne m'avez pas menée une seule fois au spectacle... pour toute partie fine, vous me dites d'aller vous écouter à l'audience : comme c'est régalant! La première fois j'ai ri avec Simonneau , parce que ça me paraissait farce ; mais après ! ça devient joliment embêtant , ma parole d'honneur.

KPAMiNONDAS , frotiçant les sourcils, — En vérité ! il sied bien à une créature de votre espèce de. . .

KANNY, r interrompant par un soufflet, — Une créature! Voilà ce que vous méritez, manant que vous êtes !

é?iûiaîiONîiASy furieux. — Si je m'en croyais!...

FANNY. — Allons , bien ! il ne vous manque plus que cela, battez les femmes à cette heure ! monstre ! Vous ne me re verrez de votre vie !

iPAMiNONDAS. — Allcz aux ciuq cent mille diables, et De revenez plus !

FANNY, avec gravite. — Vous ne me reverrez plus non plus! Mais je me vengerai! car vous êtes un scélérat, et je ne sais pas où vous finirez ! (Elle sort)

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