‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 86 sur 129 · LK PRODIGE · texte numérisé non relu

LK PRODIGE

.et en te démenant comme un requin piqué par ]fi harpon? » Mais Bentek, vivant au milieu de son équipage de muets , avait fini par prendre la parole en horreur et en perdi*e presque l'habitude ; aussi il ne répondit au damné que par le monosyllabe de potin,., poûn!... qu'il accompagnait de gestes brusques et précipités. « Ah ! j'y suis, — dit Fa^illo ; — le vieux cormoran veut probablement parler du canon. >

Fasillo ne se trompait pas , car il achevait à peine cette phrase qu'un coup de canon éloigné se flt entendre, puis un second, puis un troisième. Enfin, on distingua bientôt une vive canonnade.

C'étaient les braves de lilassareo qui déti'iiisaient l'autre tartane.

« Par les saints du paradis, — s'écria le bouillant jeune homme , — voilà du canon. «

Le Gitano écoutait silencieusement , pendant que ' Bentek continuait sans interruption ses poûn.., poûn /... et sa vive pantomime. Fasillo, lui, bouclant à la hâte le ceinturon de son sabre , y gHssait son poignard et ses pistolets. Il avait déjà le pied sur la première marche de l'escalier du faux-pont, lorsque le Gitano , qui s'était replongé dans le duvet de son divan, lui cria- : a Fasillo, à boire, mon enfant, et causons de la Monja et de l'escalade du couvent de Santa-Magdaleua.

— A boire causer dans ce moment? —

demanda Fasillo, confondu, en abandonnant le cordon de soie pourpre qui allait lui servir à monter l'escalier.

Ili PLIR KT PLOK.

>L« ijHAtiff régala ftuciAézft Bènték, tt fit rtù geste dflttrt lé vieKx ftègre comprit ttttfte IVipression , car en detix honâê il avait dîjrparu.

c Oui j mon enfant , & boire dam ce moment ; caf, Fa§iIlo, in et» comme le jetme et ardent sato, (foi f ne distinguant psê le ctî inoiïen^f de Faleyoo du cri de <{uerre dn tarak , étend ses ongles et aigfrtse son bec ponr soutenir an combat imaginaire.

— Comment!...

— Écottte attentivement ce brtiit , et tu entendras qn oU ne riposte pas à cette canonnade ; »i tn n étsis pas là, si tu n'avais pas été forcé par ce le?airte d*enfer d'abandonner la patfvre sœof de ma tartane, qnî, tonte désemparée , flotte maintenant an gré des lames comme le nid désert d'un goéland; $i tit n*étais pas là, te dis-je, eai*o mio, jene resterais pas étendu sur ce sofa , car je craindrais ponr toi. Ainsi , ealfrie cette ardeur , Fasîllo ; ceët assurément (ftteïqne navire qui périt et demande dn" secOOM. Il s'adresse mal, Fasillo ; ce qvte j'ai fait pour toi hier, je neFensse fait ni ne le ferai jamais ponr personne.

— Je vous doTS la vie une netcfnâe fois , coiflmafrdant j sans vous , sans la vagtté qui rtfa. jeté sor votre passage , j'étais englouti avec le malhem-enï canot que je montais en m' éloignant de ma tartane.

— Pauvre ccfant, tu avais pourtant manœuvré avec une rare adresse pour emmener ces deux pesants gardes-côtes loin de la pointe de la f orre, pendant qrtc j'y débarqilais la contrebande du tonsuré. -^^ Mauvaise nuit ponf lui , Fasrllo ; aussi , pourquoi

aant? rien... que quelques plancues icrochées sur le8 4H)ches.* m

— J[* arrivais donc bien à ^opàs^y Fasil

— Dieu du Cfel! comq^andant (,' j'étais

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a-t-îl blasphémé... — le bon Diçu l'a puni ^ — ajouta-t-il en riant et en vidant son .lierre.

— Par Famé de ma mère, comnaaudànt^ votre seconde tartane mai'chait comme une dorade : quelle légèreté I elle eût viré de bor.d dans un verre d'eau. Hélas ! qu'en reste-t-il, de ce un et joli navire , maintenant? rien... que quelques planches brisées ou accrochées ^

FasUlo?

démâté de

mon grand mât, de mon bieaupré \ les Irois quarts de mon équipage avaient été empoilés par les lames , et mes pompes ne franchissaientSbs la voie d'eau ; hélas ! il me fallut bien abandonner }c bâtiment , qui peut-être est déjà coulé tout à fait, i Eb ce moment , le bruit de la canonnade devint si distinct que le Gitano s'élança sur le pont , suivi de Fasillo. ^

La nuit était noire et épaisse, et le damné, se kou- \

vaut au vent du lougre de Massareo , qui tirailE du côté opposé, avait pu s'approcher sans être vu, la lueur des coups de canon n'éclairant que la carcasse du navire sur lequel on pointait. »

Le damné laissa porter encore un instant , fit éteindre tous les feux, ci mit en panne à une demiportée de fusil du garde-côte , qui canonnait , canonnait, et dont l'équipage, attentif, était groupe sur les bastingages. On entendait parfaite iiient la loix de lagoetle commandement du brave Massareo.

» Par le ciel , c'est la .coque de l'autre tartane que ces chiens font couler I — s'écria Fasillo ù voi\ basse,

lii PLIK KT PI.UK.

en montrant au Giiano les débris du paovre bâUment, qui était éclairé par chaque volée et com* mcoçait à s'abîmer. — Peu sur eux, commandautf feu!

— Silence , enfant , .« répondit le damné. Et il emmena FasiUo dans sa chambre , où il fit aussitôt descendre Bentek.

On sait qu'après la vaillantd expéditimi de li<fA contre le bâtiment qui avait un innocent bcrof pour tout défenseur, on sait que, revenu à bord , le digne lietitcnant de la Châsse de saint Joseph avait décide le capitaine Massareo à détruire la tartane , espérant par là effacer les traces de son mensonge.

Sa voix aigre et criarde dominait sartoat à bord du lougré espagnol. « Allons, courage, mes fils! — disait-il ; Dieu est Juste , et , par son assistance et la mienne, nous allons être délivrés de cet infernal Gi-

tano.

— Gomment ! — demanda Fhonnéte Massareo, — Vous êtes donc bien sûr, lago , que le damné est su nombre des morts?

— Oh voulez-vous qu'il soit, capitaine? Ge n'est pas avec un pareil temps que Ton peut se sauver n la nage d*Un bâtiment qui sombre. — Mala écoutet, j'ai voulu vous ménager une surprise, — dit lago, s'apercevant que la tartane s'abîmait à vue (Fœil. — J'ai la certitude que le damné était au nombre des blessés , je Tai terrassé et gan*otté.

— Toi l dit Massareo d'un air plus que dulntatif. ■^— Moi ! répond lago aVec une inconcevable insolence.

LK PHODIQE. U&

— lago , si tu peux me donner une preuve de ce que lu avances^ par Torteil de san Bemardo ! la douane et M. le gouverneur de Qttdin te donneront plus de piètre» qu il ne t'en faudra pour armer et équiper un bon trois-màts et faire les voyages du Mexique.

— Une preuve, capitaine ; quand ce ne seraient que ces horribles hurlements que l'on entend... tenez... un homme ordinaire parle^t-il de cette façon-là? qui voulez-vous que ce soit , si ce n'est le damné.? i>

C'était encore le malheureux bœuf, qui, pressentant sa fin , mugissait à faire trembler.

c Le fait est, lago , — reprit le capitaine en lrïs«« sonnant, — que ni vons ni moi n'appellerions au Secours de cette manière.

— Et si vous ravjexvu, le maudit, — reprit lago, — quand je lui plantai deux balles dans le côté : si vous aviez vu le monstre, comme il se débattait ! mais, par les sept douleurs de Notre-Dame, son sang était noir, noir comme du goudron , et sentait si fort le soufre que Bendito a cru qa'on brûlait des mèches daas la eale.

— Sainte Vierge, ayez pitié de nous , dit le bon Massareo, intéressé au dernier point ; mais pourquoi avez-vous autant tardé à nous donner ces détails ? i>

Comme une volée partit en même temps que la question du capitaine , lago n'eut pas l'aii' de l'avoir entendue, et reprit avec une imperturbable impudence : tt Je le Vois encore, capitaine, habillé tout de rougCf le scélérat ! avec des têtes de mort

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brodées en argent, et puis une taille. . . huit pieds et quelques ponces ; des épaules... des épaules larges comme Tarrière du lougre, et puis une barbe rouge, des cheveux rouges, des yeux brillants, et des dents,... c'est-à-dire des défenses, comme un sanglier des forêts de Galzar. Quant à ses pieds , ils étaient fourchus comme les pattes de mon bélier Pelieko. « Massareo louait Dieu, en se signant, de ce que, par sa volonté, on avait pu délivrer la côte d'un pareil réprouvé.

A ce moment, la tartane coula fracassée, aux cris joyeux de l'équipage du garde-côte, et l'épaisseur des ténèbres, qui, pendant cette longue canonnade , avait été dissipée par intervalle, semblait encore augmenter. La mer était presque calme, et il ne régnait qu'une faible brise du sud.

K Enfin , s'écria le capitaine , nous en sommes débarrassés par l'intercession de Notre-Dame et le courage de lago, qui peut compter pour un miracle éclatant ! Mais que la volonté de Dieu soit faite en toutes choses. Mes fils, à genoux : et remercions le ciel de ce témoignage de sa bonté pour les bénis , et de sa- colère contre les maudits. — Amen : > dit l'équipage qui s'agenouilla ; et tous entonnèrent en chœur une espèce de Te Deum, d'un effet fort agréable. L'air était lourd, la nuit sombre, et l'on ne pouvait se voir à deux pas.

A la fin du premier verset, il se fit un silence, un profond silence. Massareo reprit seul :

« Dieu de bonté, qui veilles sur tes enfants et les

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