‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 88 sur 129 · PMK KT PI.OK · texte numérisé non relu

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nœuds de cristaux et de pierreries liés par des m- Imns d'argent.

A cAté du damné, et appuyé sur le cou d'Iskar, était Fasillo, vêtu de noir aussi et tenant à la main une lon<]ue carabine damasquinée ; puis Bentek et ses noirs, rangés sur deux lignes, entouraient silencieusement les canons, et la légère fumée blaDchâtre qui s'élevait de distance en distance , prouvait que les mèches étaient allumées, les pièces chargées.

Il n'y avait rien au monde de plus imposant que ce spectacle , qui avait l'air d'une apparition satanique; car le profond silence de l'équipage du réprouvé, son immobilité, ce navire noir avec toutes ses voiles serrées, ses agrès soigneusement rangés, qui , aux yeux des Espagnols, qui ignoraient que le Gitano eût deux tartanes, semblait surgir du fond de l'abimc au milieu des flots de lumière et de Jets de flammes, au moment même où ils croyaient l'avoir à jamais détruit ; cette figure calme et froide du damné, dont le regard avait quelque chose de surhumain , tout cela devait terrifier le malheureux Massareo et sa bande, qui ne virent dans cette âventuro pyrotechnique que le triomphe de Satan.

La voix du damné tonna, ' et tout l'équipage du lougre, qui était agenouillé et comme fasciné par cet étrange spectacle , se précipita la face .contre le pont.

* Eh bien ! — dit le Gitano , — eh bien, brave garde-cAtr, tu vois que ni le fep ni Feau ne veulent de moi , et que chacun de tes lioulrts a répai-é une

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de mes avariet. Par Satan ! mon matCre , t'exposeras* tu encore à la poursuite du Gitano, croiras-*ta eneorc que dea miiérables teU que toi et let tico« pniascnt arrêter dans «a course celui qui résiate au souffla des tempêtes et à la volonté de toa Dieu ? v

Personne de réqnipagQ du loiigre ne fut tenté do relever cette impertinente fanfaronnade.

« Mais , par la prunelle ardente de Moloch ! vous ne répondez pas ? Allons, que ce capitaine qui vient de radouber ma tartane avec tant d* adresse, que ce vaillant capitaine se lève, ou J'écrase ce bateau. Sur ma parole ! songez-y bien , mes frères, vous ne trouverez pas comme moi , au fond de TOcéan , de braves démons aux aîlcs de feu qui, sortant des abîmes de lave ardente où ils s'agitent , prendront votre lougre sur leur large dos pour le remettre à flot ! Car la clarté que vous voyez, mes frères, n'est que le reflet de leurs ailes qu'ils ont déployées un.instant. Encore une fois lève-toi , capitaine , ou J' attache à ton navire un certain feu que l'eau bénite et les exorcismes n'éteindront pas, je te le jure. »

Tous les Espagnols flrent instantanément un soubresaut, comme s'ils avaient reçu une commotion électrique , mais personne ne se releva.

— De par l'ongle de BeUëbuth ! c'est sans doute ce héros à l'habit bleu et à Tépaulette d'or qui cache sa îèie derrière une caronade, et ne bouge pas plus qu'un poisson mort. — Fasiilo, mon enfant , remue»iui un peu cette jambe que l'on voit encore} car le

IJO l'I'IK KT PLOK.

vaillant se glisse comme une couleuvre le long de cet afTùt. «

Fasillo lâcha la détente de sa longue carabine, ei le capitaine Massareo, par le brusque mouvement que lui ftt faire sa blessure, se trouva presque assis sur le pontf fixant sur le Gitano des yeux éteints qui regardaient sans voir.

La balle de Fasillo lui avait , je crois , cassé la jambe.

a Va dire aux limiers de la douane et au gouver* neur de Cadix que j*am*ais pu te mettre en pièces et incendier ton navire, et que je ne Tai pas fait. Regarde-moi bien là, ajouta le Gitano en mettant le bout de l'index au milieu de son front large et découvert , regarde-moi bien là, pour te souvenir du damne et de sa clémence ; mais comme demain tu pourrais croire avoir fait un rêve, voici qui te prouvera la réalité de ta vision. Adieu, brave ! v

En même temps, il prit une mèche de la main de Bentek, et s'approcha d'un canon; le coup partit, le boulet siffla, brisa le mât de misaine du lougre garde-côte , défonça une partie du plat-bord de l'avant , tua deux hommes et en blessa trois.

A peine le coup de canon avait-il retenti que l'immense foyer de lumière au milieu duquel était apparu le Gitano s'éteignit comme par enchantement, et l'obscurité profonde qui remplaça cette clarté éblouissante rendit les ténèbres plus épaisses encore ; on ne distingua plus absolument rien , et l'on n'eotendit aucun bruit.

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K Eh bien, Fasillo, que'dis-lu de ma vengeance? v clemapda le Gitano à son jeune compagnon, après qu'ils se furent beaucoup éloignés du lougre au moyen des longs avirons de la tartane , qu'on avait soigneusement enveloppés, de façon que la manière mystérieuse dont le Gitano disparut put passer aux yeux des Espagnols pour un nouveau prodige.

ft Votre vengeance, commandant, votre vengeance ! Gomment donc auriez-vous traité vos amis ? laisser ces misérables !... Par la Vierge ! si vous saviez ce que je souflrais en voyant la pauvre tartane tomber pièce à pièce sous le canon de ces lâches ! — Tu es un enfant, caro mio, si j'avais coulé ces misérables et leur lougre , qui l'aurait su ? on les croirait perdus dans le coup de vent, et demain deux autres lougres se mettraient de nouveau à ma poursuite. Demain, Fasiilo, ni brick, ni frégate, ni vaisseau ne l'oseront, tant a été grande la teireur que j'ai su.inspircr aux gardes-côtes. J'aurais tué douze lâches ; je paralyserai le courage de dix mille braves, parce que dans ton. doux pays, on s'y bat vaillamment contre des hommes , mais on a encore peur du diable. — Les moines le savent bien ; aussi ils se servent de Dieu, comme je me sers de Satan. Encore un rôle, FasiUo. «

Fasiilo ne répondit rien , mais demanda au Gitano ce qu'il comptait faire désormais.

c Ma foi , mon enfant , il ne faut plus penser à la contrebande ; il ne nous reste guère qu'une chance,

m PLIK RT PLOK.

c'est d'aller offrir nos services aux insurtjés de l'A" mérique du Sud ; mais avant de partir , je veux revoir la Monja. La terreur de tes compatriotes durera Longtemps , Fasillo { d'ailleurs notre retraite est toujours aussi sûre et aussi secrète : ainsi causons du cou veut de Santa-Magdalena , Fasillo. . — Causons , commandant. •

Ils causèrent , et longuement. '

Quant à Massareo et à son équipage , ils attendirent le jour dans la même position , c'est-à-dire Ir nez sur le pont du navire , et ce n'est que lorsque le soleil fut tout à fait haut qu'ils osèrent lever la tète ; mais^ comme ils n'avaient pas manœuvré pendant cette nuit terrible, ils se trouvèrent échoués sur la côte de Conil , en face de la tour qui sert aux signaux.

Alors ces malheureux , pâles et défaits , se sou* levant à peine , se regardèrent avec un geste de frayeur, et d'un bond sautèrent sur la grève ^ en se sauvant à toutes jambes , comme si le Gitano eût été sur leurs traces.

Ils trouvèrent un asile à Conil ; là ils racontèrent longuement le prodige infernal, et ce récit, déjà dénaturé par eux , prit , en passant par la bouche des paysans de Conil et des environs , un caractère tel que ce n'était plus une tartane , mais un immense vaisseau, rempli de légions de démons vomissant des flammes > portant des ailes de feu , et ayant à leur tôte le Gitano , — ou plutôt Satan lui-môme , comme on l'avait dit judicieusement dans la honti-

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qae du barbipr, — qui si*était élancé du fond ^e rOcéan , au moment oii la tartane fenait de s'abîmer soug les coups du garde^côte ; enfin ce fut une histoire digne du Romancero , mais qui , toute absurde qu'elle était, et suivant la prédiction du Gitano , tint pendant longtemps tout le littoral en haleine, et porta à son comble la terreur qu'inspirait le nom clu damne.

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