‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 90 sur 129 · AMOUR. I · texte numérisé non relu

AMOUR. I

ses mouvements d'un œil inquiet et charmé, c A ce soir, — disait^elle, — à ce soir, mon seigneur, mon amour. «

Le Bohémien , arrivé au dernier échelon , 8*étant retourné une dernière fois pour sourire encore à Rosita , s'apprét/iit à enjamber le mur, lorsque Téchelle se replia tout à coup sur elle-même, glissa rapidement le long de la muraille, et le Gitano tomba aux pieds de la nonne, sanglant, mutilé, le crftne ouvert! On venait sans doute de couper les amarres qui retenaient l'échelle en dehors.

t Je suis trahi ! v s'écria le Bohémien , et ses yeux se tournèrent vers la ilonne qui était à genoux, les mains jointes, pâle , immobile, le regard fixe, la respiration suspendue.

t Rosita, Rosita, tâche de me traîner derrière ces orangers, avant que le jour paraisse, car je ne puis me soulever. Oh ! je souffre bien, s

Le malheureux avait la cuisse brisée, les os trouaient la peau.

c Rosita, mon amour, ma Rosita, aidewnoi,... t rcpéta-t-il d'une voix faible.

La nonne poussa un éclat de rire violent et saccadé, ses yeux s'agrandirent d'une manière effrayante, mais elle ne bougea pas.

c Enfer ! la malheureuse devient-elie folle ? t s'écria le Gitano, et il voulut prendre la main de la jeune fille, mais ce mouvement lui arracha un cri perçant.

Sa fracture était vive et saignante.

130 PLIK ET PLOK.

Tout à coup on entendit un bruit , d*abord sourd et confus, dans la direction de la porte du jardin.

a Rosita , Rosita , c'est, ton amant qui t'en prie, sauve-toi, du moins, sauve-toi, v disait le Bohémien d'un ton déchirant.

Elle restait immobile et agenoui^ée devant lui.

Le bruit devenant plus distinct et plus rapproché, il essaya de se traîner derrière un épais bouquet de chèvrefeuille, qui pouvait le cacher à tous les yeux.

Après des souffrances inouïes, il parvint à s'y blottir.

Tout à coup la porte * du cloître s'ouvrit, et une foule de douaniers , de moines , de gens du peuple, envahit l,e jardin en poussant d'atroces rugissements.

ft Mort au damné ! mort au maudit ! « criait-on de toutes parts.

Le Gitano se glissa comme un serpent derrii^re une touffe d'aloès. La foule arriva près du mur, auprès du palmier, et là, trouva la nonne, toujours agenouillée , toujours immobile , toujours les mains jointes.

Ces cris désordonnés la tirèrent du paroxisme où elle était plongée ; elle baissa les yeux, vit du sang fraîchement répandu , et sourit. Mais ses lèvres s'étaient si convulsivement rétrécies que ce sourire était atroce.

La< foule frémit, se signa, et resta muette.

La nonne alors , faisant signe de la main ù ceux

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